Dans cet article, je développerai l’idée que bien que la mémoire soit célébrée, dans leshistoires de Sherlock Holmes, comme la méthode qui permet d’accéder à la «vérité», elle estinextricablement associée à un complice improbable et subversif: l’aventure. Le modemajeur de la rétrospection est ainsi déstabilisé par le mode mineur mais insistant del’avènement, et la « vérité » apparemment retrouvée à la conclusion de chaque récit estreformulée comme une production arbitraire. Dans les histoires de Sherlock Holmes, lamémoire est partout: elle est la routine et la stratégie du détective hypermnésique, et lefondement même de son succès; elle est également la technique privilégiée de Watson, surlaquelle reposent ses comptes rendus rétrospectifs; elle détermine enfin la réception dulecteur, puisque la validation qu’il opère et le plaisir qu’il éprouve découlent de son souvenirdes affaires passées. Mais Doyle imprime à la mémoire la secousse de l’aventure: il élaboreainsi un programme littéraire en forme d’oxymore, qui l’aligne sur les préoccupations de sescontemporains, notamment celles de Robert Louis Stevenson, et ouvre un espaced’indécision.