Cet article analyse la manière dont les comic strips de la presse quotidienne américaine ont commémoré le Bicentenaire des États-Unis en 1976 et ce qu’ils révèlent de la mémoire nationale dans un contexte de profondes mutations politiques et sociales. Plus qu’une simple célébration du deux-centième anniversaire de la Déclaration d’indépendance, le Bicentenaire reflétait les tensions de l’« Age of Limits », marqué par la guerre du Vietnam, les mouvements pour les droits civiques, les incertitudes économiques et une polarisation politique croissante. Sans surprise, la culture populaire étatsunienne, au moment du Bicentenaire, privilégia la célébration patriotique au détriment de la réflexion historique. L’article a pour objet central les comic strips de la presse quotidienne. Les quarante-quatre planches dominicales publiées le 4 juillet 1976 faisant explicitement référence au Bicentenaire sont réparties en quatre catégories selon leur traitement de la mémoire nationale. La première catégorie met en scène les festivités traditionnelles du 4 Juillet, telles que les défilés, les feux d’artifice et les reconstitutions historiques. La deuxième mobilise des symboles patriotiques, notamment le drapeau américain et des images emblématiques de la Révolution. La troisième célèbre explicitement l’identité américaine à travers un discours patriotique, tandis que la quatrième adopte une perspective plus critique, remettant en question les idéaux fondateurs de la nation à la lumière des inégalités raciales, des conflits sociaux et des enjeux politiques contemporains. L’étude conclut que la plupart des comic strips privilégièrent les rituels familiers de la fête nationale au détriment des événements historiques de 1776. Si une minorité exprima des points de vue critiques, la majorité transforma le Bicentenaire en une célébration rassurante et consensuelle. Ces bandes dessinées illustrent ainsi la manière dont la culture populaire renforça et, de manière ponctuelle, interrogea l’identité nationale américaine, reflétant les contradictions des États-Unis à l’occasion du Bicentenaire.
Pour aller plus loin, dossier spécial de Jean-Paul Gabilliet dans la revue Neuvième art