Cet article examine le discours de Lord Cockburn (1779-1854), homme de loi et mémorialiste whig, et celui de l’Association fondée en 1875 et qui porte son nom (The Cockburn Association). Cockburn comme l’Association se présentent comme des défenseurs du patrimoine de la ville d’Édimbourg contre les assauts d’une modernité multiforme et menaçante. L’analyse se fonde sur les Memorials of His Time de Cockburn (1856) ainsi que certaines lettres, et d’autre part sur des publications émanants de l’Association Cockburn, en particulier ses magazines des années 1990 et 2000 et trois ouvrages commémoratifs publiés en 1926, 1975 et 2025. Si l’Association se réclame toujours de Cockburn, elle l’idéalise et cherche à gommer son élitisme, voire son mépris de classe, assez typiques du whiggisme modérément progressiste d’un propriétaire terrien de la première moitié du XIXe siècle. Le discours de l’Association défend son bilan contre les bureaucrates modernisateurs de l’après-guerre, puis la finance et enfin le surtourisme au tournant de notre siècle. L’Association a tendance à s’opposer au changement mais finit souvent par avaliser le fait accompli et par défendre des bâtiments qu’elle avait combattus quelques décennies plus tôt. Le discours, cependant, évolue, devient plus technique et l’Association s’ouvre à des partenariats internationaux, la défense du patrimoine bâti et des espaces verts devant s’inscrire dans un contexte institutionnel complexe, où l’Association représente à la fois une force d’opposition et une institution reconnue par les autorités. En fin de compte, l’Association met en valeur son expertise et son influence politique mais pas ses membres en-dehors de ses instances dirigeantes.