Hart Island est une petite île située à l’ouest de Long Island, dépendant de l'arrondissement du Bronx. Elle fut achetée par la ville de New York en 1869 pour servir de fosse commune où enterrer les habitants pauvres ou les morts anonymes. Hart Island fut également utilisée pour gérer des pics de mortalité inhabituels en temps de crises sanitaires comme l’épidémie de grippe en 1918, celle du VIH/sida dans les années quatre-vingt, ou plus récemment celle du COVID 19. On estime que plus d’un million de personnes y ont été enterrées. Le photographe américain, Joel Sternfeld et Melinda Hunt, artiste interdisciplinaire et directrice du Projet Hart Island – une organisation non lucrative destinée à identifier les morts anonymes – décidèrent en 1991 de travailler en collaboration sur un projet artistique de long terme centré sur ce lieu de désolation. Pendant plusieurs années, Joel Sternfeld réalisa des séries de photographies dépeignant différents lieux et bâtiments situés sur l’île, et il fit également quelques portraits de visiteurs occasionnels. Melinda Hunt créa des installations à partir de certaines de ces images qu’elle associa à des documents d’archives relatifs aux inhumations, collectés au fur et à mesure de ses recherches. Les œuvres et photographies furent publiées en 2005 dans un livre sobrement intitulé, Hart Island. Les photographies de Sternfeld s’organisent autour d’un dispositif esthétique élaboré et un mode sériel de représentation, révélant les traces d’une présence humaine, et invitant le spectateur à méditer sur le passage du temps et le cycle naturel ininterrompu des morts et des renaissances. En contrepoint, les installations de Melinda Hunt exposent des documents administratifs, des extraits de journaux, des registres de personnes décédées, et des lettres rédigées par leurs proches retrouvés, afin de briser le cycle des inhumations anonymes perpétué au cours du siècle dernier et de sensibiliser les spectateurs aux processus sociaux et historiques liés au travail de mémoire. Ce projet est également l’occasion pour ces deux artistes de partager un point de vue philosophique et politique sur la façon dont les arts visuels peuvent être utilisés pour visibiliser des sujets problématiques, tels la pauvreté et la mort, dans la culture américaine contemporaine.