
Le Conte d’hiver (A Winter’s Tale) de William Shakespeare ne décrit pas seulement la chute tragique d’un héros et son salut grâce aux ressorts comiques et surnaturels de la pièce ; celle-ci montre également un « désastre » et le doute du dramaturge qu’un tel désastre puisse être jamais réparé humainement. En cela, il anticipe la réflexion de Maurice Blanchot dans L’Écriture du désastre. Le désastre ne peut être désécrit ni être surmonté. Toutefois, Shakespeare indique dans quelle mesure l’art peut constituer en partie une réparation. L’art montre tout à la fois qu’il est impossible de se remettre du désastre et que nous devons pourtant croire à nouveau dans une impossible mais nécessaire guérison. Il nous invite à exiger de lui-même qu’il quitte l’artifice pour se transformer en nature et ainsi rédimer le désastre, tout en démontrant que ni l’une ni l’autre métamorphose ne peuvent jamais se réaliser vraiment.