Aller directement au menu principal Aller directement au contenu principal Aller au pied de page

Joy Harjo Commemoration

Vol. 22 No 2 (2026): 10e anniversaire de Leaves

Souveraineté temporelle et souveraineté mémorielle dans l'œuvre de Joy Harjo

Soumis
28 août 2026
Publiée
02/09/2026

Résumé

Cet article explore la représentation de la mémoire historique dans la poésie de Joy Harjo (Mvskoke), telle qu’elle s’élabore à partir d’une conception autochtone non linéaire du temps, figurée notamment par la matrice de la spirale. L’analyse s’appuie sur les travaux de chercheurs en études autochtones tels que Craig Womack (Mvskoke), Paula Gunn Allen (Pueblo Laguna), Jace Weaver et Mark Rifkin, qu’elle met en dialogue avec la définition de la mémoire formulée par Pierre Nora dans Les Lieux de mémoire (1984). Le rapport intime, physique et immédiat au passé que déploie la poésie de Harjo révèle une relation profondément conflictuelle à l’histoire, dans laquelle la mémoire des violences coloniales — massacres, déportations, spoliations — menace l’intégrité morale des peuples autochtones ainsi que la possibilité même de l'écriture. À rebours du récit historique longtemps dominant aux États-Unis, fondé sur un paradigme de la perte, de la déficience et de la disparition inéluctable selon le topos du Vanishing Indian, la poésie de Harjo donne à voir le poids du traumatisme historique tout en cherchant à mettre la mémoire en mouvement. Son geste poétique refuse à la fois la victimisation et le ressassement, et participe à l’élaboration d’un récit de la survivance au sens où l’entend Gerald Vizenor. En analysant la fluidité temporelle qui structure l’écriture de l’histoire chez Harjo, cet article montre comment la poétesse construit une mémoire vivante et dynamique, susceptible de reconfigurer le passé mais aussi le présent et l'avenir. La poésie mémorielle de Harjo apparaît ainsi comme un geste éminemment politique, réaffirmant un rapport traditionnel et autodéterminé au temps et à l’histoire, et contribuant à l’élaboration de récits à visée réparatrice, porteurs de continuité face aux déchirures de l’histoire coloniale.