Les toilettes publiques, en tant qu’espaces intimes et anonymes offrent un cadre unique pour l’expression sans filtre. Cet article examine un corpus de 226 inscriptions de latrinalia (les graffitis dans les toilettes) en tant que lieu de communication anonyme, naturaliste et interactionnelle dans le paysage linguistique. Les données ont été collectées sur une période de sept ans à Bordeaux et Toulouse (2018-2024), provenant d’universités, de toilettes publiques et de bars. L’étude conceptualise la cabine de toilettes comme un forum de discussion analogique en appliquant le cadre des études sur le paysage linguistique, la surveillance rétrospective et l’ethnographie numérique. Les résultats montrent que les latrinalia transforment les cabines des toilettes en un espace de communication multilingue et polyphonique dans lequel les auteurs appliquent un répertoire sémiotique unitaire, combinant le français, l’anglais, l’argot d’Internet et des éléments lexicaux mondialisés. Dans l’ensemble, le latrinalia reste une ressource empirique pour étudier le contact linguistique, l’identité linguistique et les interactions communicatives physiques dans un monde de plus en plus numérique.