La grande popularité de Charles Bukowski en tant que poète a porté préjudice à son héritage littéraire en empêchant toute évaluation critique visant à déterminer quels poèmes méritaient le plus d’être considérés comme canoniques. Afin de procéder à un premier tri dans le cadre de cette sélection nécessaire, cet article propose une analyse des poèmes de Bukowski sélectionnés par les éditeurs pour les anthologies publiées de son vivant, alors qu’il avait encore une influence directe sur les choix effectués par ces éditeurs. Le fait que ces anthologies n’aient pas été utilisées comme filtre principal n’est pas aussi surprenant qu’on pourrait le croire à première vue, si l’on considère l’ancrage régional des petites maisons d’édition qui les ont produites et leur exclusion avérée du débat canonique (en raison du capital culturel accordé aux anthologies produites par les éditeurs traditionnels de la côte Est et les universités qui partagent leurs préférences). Ces anthologies de la côte Ouest permettent non seulement aux lecteurs d’évaluer les candidats aux poèmes les plus durables de Bukowski, mais nous permettent aussi de réfléchir aux œuvres que Bukowski a lues de ces poètes, tels Gerald Locklin, Ron Koertge et Linda King, qui apparaissent aux côtés de son œuvre.