Cet article propose une lecture comparée d’Animalescos (2013), un recueil de récits brefs signé par l’écrivain portugais Gonçalo M. Tavares, et de Le Théâtre et son double (1938), d’Antonin Artaud, en interrogeant la notion de cruauté et d’animalité. En partant de la théorie artaudienne du « théâtre de la cruauté », qui vise à replacer le corps au centre de la scène et à faire du spectacle un choc vital, nous montrerons que l’écriture de Tavares fonctionne comme une transposition narrative de ce projet théâtral. Les récits cruels de Tavares, où l’homme est animalisé, mutilé ou réduit à des mécanismes absurdes, rejoignent l’ambition d’Artaud : briser le langage, désorganiser les formes, révéler la vie dans sa dimension la plus violente et la plus immédiate. À travers l’analyse croisée d’extraits, nous examinerons comment le grotesque devient à la fois méthode de pensée et critique radicale de l’humanisme.