Résumé :
Dans « Escribir en dominicano », texte de réflexion publié dans El País le 3 juin 2019, l’écrivaine et musicienne dominicaine Rita Indiana (1977) affirme : « Il n’y a plus le monde réel d’un côté et la littérature de l’autre, il n’y a plus qu’un espagnol démocratique et participatif que nous mastiquons avec les mêmes molaires que celles avec lesquelles les créateurs du castillan, en Hispanie, ont mastiqué le latin ». Pour l’autrice caribéenne, la langue est une affaire de bouche et de dents, et la littérature une question d’oralité. En présentant le devenir multiple du castillan comme une mastication de plus dans l’histoire mondiale des langues, elle rappelle que le destin de tout idiome impérial est de finir phagocyté par ses marges, jusqu’à devenir autre. Cet article propose de considérer sa poétique comme une intrépide expérimentation esthétique sur la dimension post-coloniale du langage, qui s’affronte à la conflictualité formelle impliquée par celle-ci. En me concentrant sur trois romans représentatifs de son style (Papi, Nombres y animales et La Mucama de Omicunlé), je m’attache à démontrer que le dynamisme ludique de l’œuvre narrative de R. Indiana réside dans une délirante oralité populaire multilingue qui semble digérer – non sans friction – les langues pré et post-coloniales, donnant lieu à une littérature pleinement « écrite en dominicain ».
Mots-clés : Rita Indiana ; littérature dominicaine ; oralité ; colonialité du langage ; diglossie et plurilinguisme ; spanglish.