‟Hard words and hard blows”: Réflexions sur l’éducation à la sociabilité citoyenne par la boxe à l’époque révolutionnaire

‟Hard words and hard blows”: Réflexions sur l’éducation à la sociabilité citoyenne par la boxe à l’époque révolutionnaire

Abstract: « Turning the crowd into a people » becomes a major issue during the revolutionary period (1790-1815) debated in plebeian and patrician societies, in pamphlets, sermons, novels and collected poems. The control and channeling of passions by reason is seen as a prerequisite for human improvement. But how can the people’s passions, and more specifically the mob’s passions, be harnessed for the formation of civic values if they do not have the necessary intellectual faculties to distinguish between truth and error in newspapers or sermons? Media and political debates on prize-fighting provide us with a few interesting clues. At that time, some reformists believed that boxing could be a formidable instrument for the political and civic socialization of the people. As journalist Pierce Egan underlined, this practice could affect sympathetically both the body and the mind, reinvigorating the corporal frame while educating the mind to “those principles of generosity and heroism” that characterize and elevate the English nation. In some political discourses, the “fancy,” the name given to the social group that gathers around the boxing ring, is posited as the prototype of a social group that operates agonistically and values the conflict as long as it is channeled by rules; this indeed allows the “controlled liberation of emotions,” considered as essential in times of peace, and the transmission of the founding values of a manly and conquering Englishness. This article will examine the role played by various political and medical discourses in the formation of a nationalist sporting ideology and will conclude with Hazlitt’s advocacy of another form of patriotism in his essay “The Fight.”

Keywords: Cobbett, Effeminacy, Fancy, Hazlitt, Imagination, Patriotism, Prize-fighting, Sociability, Sympathy

Résumé : La « transformation de la foule en peuple » devient à l’époque révolutionnaire (1790-1815) un véritable enjeu débattu dans les clubs de discussion populaires ainsi que ceux des classes les plus aisées, dans les pamphlets, sermons, romans et recueils de poèmes. L’enjeu de l’amélioration humaine se situe dans le contrôle des passions et leur canalisation par la raison. Toutefois, comment faire converger les passions du peuple vers la formation de valeurs citoyennes, et plus particulièrement le petit peuple, lorsque celui-ci ne possède pas les dispositions intellectuelles nécessaires pour distinguer dans la presse ou dans les sermons le vrai du fallacieux ? Le débat médiatique et politique autour de la boxe nous donne quelques éléments de réponse. Certains réformistes voient en ce sport de combat un formidable vecteur de socialisation politique et citoyenne. Car cette pratique, comme le souligne le journaliste sportif Pierce Egan, a cette capacité d’agir par le principe de la sympathie à la fois sur le corps en le revigorant et sur l’esprit en inculquant « ces principes de générosité et d’héroïsme » qui caractérisent et distinguent la nation anglaise. La « fancy »—le nom donné à la communauté qui s’agrège autour du ring de boxe—est ainsi érigée dans certains discours politiques comme prototype d’un fonctionnement social agonistique qui valorise le conflit tant qu’il est orchestré par des règles car il permet la « libération contrôlée des émotions », essentielle en temps de paix, et la transmission des valeurs fondatrices d’une anglicité virile et conquérante. Cet article se propose d’examiner le rôle joué par la convergence des discours politiques, sportifs et médicaux dans la formation d’une idéologie sportive nationaliste, en laissant le mot de la fin à l’essayiste Hazlitt pour une autre conception du patriotisme.

Mot-clés : Boxe, Cobbett, Effémination, Fancy, Hazlitt, Imagination, Patriotisme, Sociabilité, Sympathie

En avril 1806, le British Forum1 invite les participants à réfléchir à la question suivante : « Ought boxing to be reprobated as a vulgar and brutal Practice, or countenanced as tending to inspire a Contempt of danger and promote personal Courage and national Independence? » (Chill 76). En d’autres termes, l’alchimie sociale qui s’opère autour du spectacle pugilistique est-elle susceptible de « désensibiliser » la populace (comme le châtiment public), et donc de la rendre plus incontrôlable, ou au contraire de lui instiller des valeurs nationales et un certain degré d’indépendance d’esprit en lien, néanmoins, avec les intérêts du pays ? C’est à l’époque des guerres napoléoniennes que le caractère illégal de la boxe à mains nues ou prize-fighting devient un enjeu hautement politisé, débattu non seulement dans la presse mais aussi au sein des associations ou autres assemblées publiques. Il est néanmoins crucial de replacer cette question dans le contexte des discours médicaux et philosophiques du XIXe siècle, qui portent un intérêt particulier à la notion de « sympathie », à savoir ce mystérieux médium permettant la transmission d’idées, de valeurs, d’émotions et d’énergies au sein d’un collectif (Fairclough 3).

Dans les pamphlets politiques de l’époque, le corps social se donne à lire comme un corps physiologique. Selon le principe « sympathique » qui se loge dans le système nerveux, une maladie peut circuler d’un organe déficient vers le cerveau ; par analogie, un groupe social peut être contaminé nerveusement selon le même principe qui, pourtant, reste souvent inexpliqué dans les écrits médicaux. Une dizaine d’années avant la publication des travaux d’Adam Smith, David Hume évoquait cette idée de sympathie caractérisée comme « contagion comportementale » (Hume 231). En tant que groupe social hétérogène mû par un même enthousiasme pour un spectacle particulièrement brutal, la « fancy »—nom donné à la communauté, constituée de patriciens comme de plébéiens, réunie autour du ring de boxe—devient un véritable laboratoire où l’on étudie les effets de la violence sur les foules : quelles impressions, quelles normes morales ou traits de caractère sont communiqués de manière sympathique par le spectacle de la boxe ? Ce spectacle est-il susceptible d’entraîner une forme de violence collective ou, au contraire, de contenir les passions, et ainsi d’endosser une fonction de socialisation par laquelle le spectateur devient, par contagion sympathique, un homme de courage aussi intrépide que le boxeur sur lequel il a misé ? Cet article se propose d’étudier des textes de nature différente pour montrer comment le discours conservateur érige, politiquement, la « fancy » en prototype d’un fonctionnement social agonistique qui, tant qu’il est organisé par des règles, valorise le combat. En effet, celui-ci permet de libérer les émotions, de manière contrôlée, et de transmettre les valeurs fondatrices d’une anglicité virile et conquérante. Le mot de la fin de cet article sera laissé à William Hazlitt qui, dans un essai bien connu sur le pugilisme, interroge cet usage de la boxe à des fins patriotiques.

L’éducation de la populace à l’idée de liberté

En 1791, en réponse aux Reflections on the Revolution in France de Edmund Burke, Tom Paine appelle à gouverner tous les hommes par la « raison » et non pas par la « terreur », dénonçant le contrôle de la « classe la plus basse » par la peur et la « corruption » du cœur et notamment par le spectacle des « châtiments sanguinaires » dont l’effet, selon Paine, est de « détruire la sensibilité et de provoquer la vengeance », produisant par là-même une propagation de la terreur (21-22). Comme l’a démontré Mary Fairclough, l’effet des idées révolutionnaires ou loyalistes sur la foule par la transmission « des énergies, des idées et des émotions au sein d’un collectif » devient une préoccupation majeure à l’époque de la Révolution française (3). Dans Reflections on the Revolution in France, Burke a recours à une représentation anxiogène d’une foule qui serait « inspirée » par des écrits séditieux :

Of all things, wisdom is the most terrified with epidemical fanaticism, because of all enemies it is that against which she is the least able to furnish any kind of resource. We cannot be ignorant of the spirit of atheistical fanaticism, that is inspired by a multitude of writings, dispersed with incredible assiduity and expense, and by sermons delivered in all the streets and places of public resort in Paris. These writings and sermons have filled the populace with a black and savage atrocity of mind, which supersedes in them the common feelings of nature, as well as sentiments of morality and religion. (175)

Associant l’extrême rapidité de la diffusion des idées révolutionnaires à la formation d’une entité abstraite—« la populace »—dénuée de tout sentiment religieux ou sentiment moral naturel, mais unie par une même noirceur d’esprit, Burke brosse un portrait menaçant de la populace, prompte à se transformer en force tumultueuse et incoercible. L’explication de Burke emprunte largement au discours médical et de la physiologie, qui décrit le phénomène d’endoctrinement populaire comme une forme de contagion épidémique. En cette fin de siècle, les émeutes se multiplient en Angleterre : les attaques contre la maison du Dr Joseph Priestley en juillet 1791 et celle de Thomas Hardy en 1794 et 1797 sont perçues par les réformistes comme une preuve éclatante de la facilité avec laquelle on peut manipuler une foule en colère. Si les réformistes cherchent à en comprendre les mécanismes, la rhétorique loyaliste tend au contraire à amplifier les traits monstrueux de la foule incontrôlable. Dans son pamphlet antirévolutionnaire contre Priestley, rédigé aux États-Unis, William Cobbett décrit en ces termes une foule enragée : « when that many-headed monster, a mob, is once roused and put in motion, who can stop its destructive steps! » (Observations 8).

La question posée par nombre de radicaux et de réformistes à l’époque concerne l’éducation de la populace à l’idée de liberté. Soulignant les causes sociales des attaques et des émeutes en Angleterre, Tom Paine insiste sur l’impérieuse nécessité d’éduquer cette partie de la population—the mob—que l’ignorance rend crédule, malléable et donc potentiellement dangereuse :

How then is it that such vast classes of mankind as are distinguished by the appellation of the vulgar, or the ignorant mob, are so numerous in all old countries? […] They arise, as an unavoidable consequence, out of the ill construction of all the old governments in Europe, England included with the rest. It is by distortedly exalting some men, that others are distortedly debased, till the whole is out of nature. […] In the commencement of a revolution, those men are rather the followers of the camp than of the standard of liberty, and have yet to be instructed how to reverence it. (Paine 58-59)2

Si l’initiation aux valeurs citoyennes est une préoccupation majeure dans ce siècle éclairé, elle devient en temps de guerre un véritable enjeu national et un thème politique récurrent, qui est débattu aussi bien dans les clubs de discussion populaires que ceux des classes les plus aisées, dans les pamphlets, sermons, romans et poèmes. Dans un de ses Lay Sermons(1817), Coleridge, qui a abandonné ses idéaux révolutionnaires, s’en prend violemment aux démagogues et aux radicaux qui manipulent l’esprit du petit peuple. Son verbe accusateur est également dirigé contre la populace qui est incapable de débusquer dans les discours démagogiques les faux-semblants et les stratégies manipulatrices : « Let but mysterious expressions be aided by significant looks and tones, and you may cajole a hot and ignorant audience to believe anything by saying nothing » (Coleridge 393). Mais que mettre dans les mains du petit peuple ? Et plus spécifiquement dans les mains de cette portion de la population abêtie par le travail, les « no thinkers » définis par George Cheyne ainsi : « Fools, weak or stupid Persons, heavy and dull Souls […] seldom much troubled with Vapours or Lowness of Spirit » (Cheyne 52) ?

À l’époque des guerres napoléoniennes, le patriote et réformiste William Cobbett, fidèle à « l’idéal sentimental d’un peuple vigoureux, indépendant et ouvert » (Thompson 602), doute lui-même du bien-fondé de l’apprentissage de la lecture si une littérature adaptée n’est pas mise entre les mains du peuple : « reading does not tend to enlighten men unless what they read convey truth to their minds » (Political Register 1813 748). S’il remet moins en cause les facultés rationnelles du petit peuple que Coleridge ou Burke, il semble néanmoins peu enclin à croire que la lecture peut aider un enfant de milieu populaire à gagner en indépendance d’esprit et en courage. Quant à la presse, Cobbett la condamne sans appel, car on y trouve : « falsehoods upon every subject of a public nature; praises of all those who have power to hurt or to reward, and base calumnies on all those who, in any degree, make themselves obnoxious to power » (Cobbett, Political Register 1813 752). Trop d’informations séditieuses, néfastes pour un esprit lent ou, au contraire, trop sensible, circulent en temps de guerre. Il faut comprendre cette méfiance vis-à-vis de la lecture dans un contexte où le discours médical ne se donne plus simplement comme objectif de comprendre la physiologie du corps ; il scrute également l’individu et le groupe social dans un environnement faisant une plus large place aux objets et lieux de plaisir—opéras, mascarades, jardins, romans, tragédies, bals—accessibles aux classes moyennes mais également aux classes populaires, et surtout susceptibles de déviriliser l’homme. Cette question de l’éducation aux valeurs citoyennes ne se limite donc pas à l’appartenance sociale puisqu’elle concerne tout autant les no thinkers que les quick thinkers, pour reprendre les termes de Cheyne, ces valétudinaires d’une sensibilité excessive que l’on retrouve dans le beau monde et au sein de la classe moyenne émergente.

Dans A View of the Nervous Temperament (1807), Thomas Trotter dénonce par exemple les méfaits d’une littérature (notamment le roman et la tragédie importée d’Allemagne) qui excite la sensibilité et non les facultés rationnelles, véritable « poison littéraire » menaçant la vertu et la chasteté des jeunes femmes : « How cautious then ought parents to be in guarding against the introduction of these romances among their children; so calculated to induce that morbid sensibility […] which first engenders ardent passions, and then leaves the mind without power to resist or subdue them » (Trotter 89-90).

Mary Wollstonecraft livre également une critique acerbe des effets du plaisir et de la galanterie, ce besoin excessif de plaire, sur les deux sexes :

Standing armies can never consist of resolute, robust men; they may be well disciplined machines, but they will seldom contain men under the influence of strong passions, or with vigorous faculties. […] officers are also particularly attentive to their persons, fond of dancing, crowded rooms, adventures, and ridicule. Like the fair sex, the business of their lives is gallantry. They were taught to please, and they only live to please. (Wollstonecraft 23)

Les propos des réformistes Tom Paine, Mary Wollstonecraft ou William Cobbett, sous des angles différents, situent bien l’enjeu de l’amélioration humaine dans le contrôle des passions et leur canalisation par la raison. Mais comment faire converger les passions du peuple vers la formation de valeurs citoyennes ? Et surtout comment, à une époque où idées révolutionnaires et pratiques de loisir menacent le sentiment national et l’engagement du citoyen pour sa nation, ré-instiller le goût de la liberté et un sens patriotique : deux composantes essentielles de l’anglicité ? Le débat médiatique et politique autour de la boxe nous donne quelques éléments de réponse.

La boxe comme véhicule des valeurs de l’anglicité

À l’époque révolutionnaire, la boxe à mains nues, le prize-fighting, fascine les foules. Les boxeurs sont de véritables célébrités, comme en témoignent des tasses de l’époque représentant des combats devenus célèbres, ou des figurines à l’effigie des boxeurs les plus réputés.

Illustration 1 : Tasse en faïence avec l’inscription suivante : HUMPHREYS and MENDOZA. Fighting at / Odiham in Hampshire on Wednesday / Jany. 9 1788’.
Illustration 1 : Tasse en faïence avec l’inscription suivante : HUMPHREYS and MENDOZA. Fighting at / Odiham in Hampshire on Wednesday / Jany. 9th 1788’.

© Victoria and Albert Museum.

Illustration 2 : Figurine en faïence émaillée au plomb représentant le boxeur Tom Cribb.
Illustration 2 : Figurine en faïence émaillée au plomb représentant le boxeur Tom Cribb.

Fabriqué dans le Staffordshire en 1815.

© Victoria and Albert Museum.

Illustration 3 : Figurine en faïence émaillée au plomb représentant le boxeur Tom Molineux.
Illustration 3 : Figurine en faïence émaillée au plomb représentant le boxeur Tom Molineux.

Fabriqué dans le Staffordshire en 1815.

© Victoria and Albert Museum.

Voté en 1714, le Riot Act avait rendu illégal tout rassemblement susceptible de dégénérer en émeute et donc, par extension, la boxe à mains nues. Cela n’empêchait pas les journaux de promouvoir très largement les matchs (dévoilés en général la veille), ni les adeptes d’y assister. Le sport est néanmoins codifié au fil du temps, d’abord par Jack Broughton en 1743, puis par les règles du London Prize Ring en 1838, ce qui confère à la boxe une certaine légitimité. C’est toutefois la notoriété des boxeurs, Daniel Mendoza et Richard Humphreys, par exemple, dans les années 1780, puis Tom Cribb, Jem Belcher et Tom Molineux, au début du XIXe siècle, qui va permettre à la boxe de devenir un véritable art populaire. Leur maîtrise des techniques de combat les propulse au rang de célébrité. Comme le souligne Pierce Egan :

the abilities of the two pugilists [Mendoza and Humphries] occasioned considerable conversation at that period, both in the BIG and Little world. The newspapers teemed with anecdotes concerning them; pamphlets were published in favour of pugilism […]. Humphries and Mendoza were the rage […], they rose up like a NEW FEATURE of the TIMES! Boxing became fashionable, followed, patronized, and encouraged. […] Schools were established for the promulgation of the art; and the Science of self-defence considered as a necessary requisite for all Englishmen. (Boxiana: Or, Sketches 110)

Les athlètes font parler d’eux dans les journaux populaires et dans les pamphlets, les combats de boxe gagnent ainsi en popularité et attirent une foule de plus en plus enthousiaste. Voici comment le London Courier and Evening Gazetterend compte du match qui oppose, le 28 septembre 1811, le champion national Tom Cribb à l’étranger de Baltimore, le boxeur noir américain et esclave affranchi, Tom Molineux :

Round the Stage, at a very early hour, the whole Country began to pour from all directions. From the barouche to the donkey, every mode of human conveyance was in use, and thousands who were not so fortunate as to possess any of these, trusted to their own legs, and walked ten, fifteen, and some twenty miles, to witness a display of strength and courage, peculiar to our country, and appropriately congenial to its spirit. (5 Oct. 1811)

Le combat en lui-même est bien souvent relaté avec force détail, en particulier les coups donnés à l’adversaire et les marques laissées sur son corps, mais les articles font également la part belle au lieu du combat, au rôle des spectateurs et à la façon dont ils influencent le déroulement du match. Le London Courier suggère ainsi que la défaite de Tom Molineux peut être partiellement attribuée à l’absence de supporters (ou flash-men) :

No one can say, that in this battle Molineux had no fair play shewn him:—we would, however suggest that the cries of exaltation, which proceeded from the champion’s numerous friends, when the advantage seemed on his side, must have had the effect of cowing the Baltimore man: – […] [Molineux] came to the fight unsupported by many friends of note, while the Champion had all the flash-men in his train. It is said that the latter circumstance preyed much on the mind of the Black. (The Sporting Magazine 39 22)

La pratique de la boxe met ainsi en jeu une nouvelle organisation du groupe social avec des formes de sociabilité différentes, celle de la pratique sportive en elle-même qui se développe avec les écoles de boxe et la formalisation des codes de conduite, mais également celle qu’institue le spectacle. La fancy abolit dans une certaine mesure la notion de hiérarchie sociale car les matchs sont tout autant fréquentés par des aristocrates que par des commerçants et des artisans, et les pamphlets se plaisent à souligner la diversité des milieux sociaux : « a union of all ranks, from the brilliant of the highest class in the circle of Corinthians, down to the Dusty Bob gradation on society, and even a shade or two below that » (Sugden 13).

La boxe agit ainsi comme facteur de socialisation dans la mesure où elle provoque une rencontre et une action réciproque entre les spectateurs, mais également entre les athlètes et le public. C’est cet aspect-là et notamment le caractère édifiant du match de boxe sur l’esprit de la fancy qui est mis en avant dans les écrits politiques sur la boxe. Certains whigs parmi les plus conservateurs et les tories de l’époque en font un véritable vecteur de politisation ; ce sport national a, en effet, cette capacité d’agir à la fois sur le corps en le revigorant et sur l’esprit en inculquant « ces principes de générosité et d’héroïsme » qui caractérisent et distinguent la nation anglaise (Egan, Boxiana : Or, Sketches iv). C’est dans le contexte des turbulences internationales qu’il faut néanmoins comprendre l’importance accordée aux débats sur la boxe à mains nues. En 1802, au moment du Traité d’Amiens, on s’interroge sur la nature des loisirs à fournir à un peuple si habitué aux conflits : « It is not very extraordinary, that, after so long a war, the elegant amusement of boxing should become popular. People have been so much accustomed to battles and bloodshed, that they cannot brook a sudden stoppage of these interesting details. Boxing and bull-baiting afford tolerable substitutes » (The Spirit of The Public Journals 151).

L’argument est simple mais efficace : l’Anglais est un « animal pugnace ». Et c’est cette dose d’animosité, à la fois inhérente à la nature anglaise et attisée par les politiciens en temps de guerre, qui fait de la nation anglaise une nation libre, vaillante et indépendante. Ces passions asociales, mobilisées contre l’ennemi en temps de guerre, ont néanmoins besoin d’un substitut en temps de paix :

[T]he whole object of the war has been to accumulate a vast mass of pugnacious matter, which, like our army and navy, cannot be disbanded without great risk. The peace operated like a sudden attack of cold, driving this matter from the extremities; and every physician can tell you, that, if a bad humour is driven from the extremities, it will fall upon the bowels. (The Spirit of The Public Journals 155)

Véritable champ de bataille en miniature, l’arène de boxe continue ainsi à nourrir les velléités de conflit en temps de paix. Rien de plus dangereux, selon le journaliste anonyme qui file habilement la métaphore médicale, que de relâcher soudainement dans le vide les passions belliqueuses.

William Cobbett était un ardent défenseur de ce sport. En 1805, la mort d’un commerçant qui avait souhaité mettre fin à une querelle par le pugilat crée une polémique sans précédent. Dans son journal indépendant Political Register (1802-1836), Cobbett rédige une série d’articles intitulés « In Defence of Boxing », faisant l’apologie du sport et se livrant, par là-même, à une féroce critique du « system of effeminacy », encouragé par la politique sociale de Pitt et l’économie de marché. Reprenant en quelque sorte l’argument de Hobbes dans Le Corps politique selon lequel « les hommes sont portés par leurs passions naturellement à se choquer les uns les autres », et seuls les poings permettent de « terminer leur différend » en sachant qui « sera le maître par les forces du corps » (Hobbes 2-3), William Cobbett souligne que, parmi tous les arts martiaux européens, seule la boxe donne à voir cette opposition physique, visible et franche, qui va permettre la résolution du conflit : « He will have perceived that this mode, by excluding the aid of anything extraneous, by allowing of no weapons […] is in most cases decisive as to the powers of the combatants and proceeds upon the generous principle, that, with the battle ceases forever the cause whence it arose » (Political Register 1805 196). Ce principe est, selon lui, si solidement ancré dans le caractère anglais que ce serait une marque de bassesse abjecte que de tenter de raviver un conflit qui a été réglé en bonne et due forme par un match de boxe.

La boxe prépare donc le corps et l’esprit à des actes de bravoure. Si l’on admire un soldat combattant sur le front, pourquoi n’admire-t-on pas de la même manière un boxeur qui, comme le soldat, est prêt à subjuguer son amour de la vie, à s’aventurer dans le combat et à en assumer les conséquences ? Si le boxeur Belcher fascine, ce n’est pas pour la puissance de ses coups ni pour sa force physique, mais pour cette capacité à s’exposer délibérément au danger et à encaisser des coups. Si on supprime la boxe, explique Cobbett, ou tout autre pratique physique qui s’approche le plus du combat, comment préparer le petit peuple aux actes de bravoure nécessaires en temps de guerre ?

Not only boxing, but wrestling, quarter-staff, single-stick, bull-baiting, every exercise of the common people that supposes the possible risk of life or limb and, of course, that tends to prepare them for deeds of bravery of a higher order and […] preserve the independence and the liberties of their country. (Political Register 1805 178)

La pratique des sports de combat est ainsi présentée par Cobbett comme une éducation au courage, lequel, selon Hume, constitue l’une des qualités les plus difficiles à inculquer et à préserver au sein d’une nation :

In general, we may observe, that courage, of all national qualities, is the most precarious; because it is exerted only at intervals, and by a few in every nation; whereas industry, knowledge, civility, may be of constant and universal use, and for several ages may become habitual to the whole people. If courage be preserved, it must be by discipline, example, and opinion. (Hume 240)

Les chansons populaires de l’époque véhiculent largement cette idée d’une corrélation entre le caractère national des différents peuples et le caractère tantôt franc, tantôt pusillanime, des moyens de combat préférés :

Italians stab their friends behind,
In darkest shades of night;
But Britons they are bold and kind,
And box their friends by light.
And a boxing, &c.
The sons of France their pistols use,
Pop, pop, and they have done:
But Britons with their hands will bruise,
And scorn away to run.
And a boxing, &c. […]
Since boxing is a manly game,
And Briton’s recreation;
By boxing we will raise our fame,
‘Bove any other nation. (The Sporting Magazine 38 295)

L’argument patriotique en faveur de la boxe est régulièrement invoqué au dix-huitième siècle, tout particulièrement lorsque les risques d’un conflit réveillent les craintes d’une effémination du peuple anglais. Ainsi, John Brown dénonce avec férocité, au début de la guerre de Sept Ans, les effets débilitants sur les mœurs du luxe et du plaisir, effets générés par l’accroissement du commerce international et des richesses :

Thus our present exorbitant Degree of Trade and Wealth, in a mixed State like that of England, naturally tends to produce luxurious and effeminate Manners in the higher Ranks, together with a general Defect of Principle. […] They have produced a general Incapacity, have weakened the national Spirit of Defence, have heightened the national Disunion. (Brown 181)

Dans une lettre à William Pitt l’Ancien, un correspondant anonyme s’inquiète de la diffusion des lieux de plaisir jusque dans « les grandes villes ouvrières » menaçant non seulement la capacité des ouvriers à se saisir des armes pour défendre leur patrie mais également leur chasteté et leur zèle au travail :

This fondness for pleasure already prevails so far, and is become so universal, that in some of our great manufacturing towns, the poor men that work for twelve pence a day, and the women that work at six-pence a day have their week stated nights for their balls and assemblies […] and in those assemblies, I have heard, such scenes of lewdness and indecencies are openly committed, as is a shame to express. […] [Those practices] have a natural tendency to introduce a soft, effeminate, luxurious temper and habit of mind, and to extinguish, and totally to extirpate that bold, brave and military disposition, for which the people of this nation have been so remarkable and conspicuous all over the known world. (A Letter to the Right Honourable William Pitt 28-30)

Le loisir de l’ouvrier se doit d’être « viril », sous peine de le rendre totalement inapte à défendre son pays :

In the days of our ancestors, the diversions of our lower sorts of people, was [sic] cudgel-playing, boxing, wrestling, throwing the bar, and other such exercises, that were manly, brave, and bold, and that had a tendency, in their own nature, to inspire the minds of our people with courage and intrepidity, and to make them less susceptible of fear and danger. (30)

Toutefois, l’argument patriotique chez Cobbett n’est pas tant utilisé pour encourager l’artisan à saisir les armes que pour dénoncer la dévirilisation de la nation par le gouvernement lui-même. Cobbett reprend donc un argument qui court tout au long du dix-huitième siècle mais s’en saisit d’un point de vue explicitement radical. Car l’ennemi de Cobbett est tout autant à l’intérieur du pays qu’outre-Manche. Ce qu’il nomme « system » ou « the THING »—à savoir le système financier corrompu par les intérêts commerciaux et protégé par le gouvernement de Pitt—a pour objectif d’asservir le peuple en éveillant les instincts les plus vils. Les mesures prises par le gouvernement à l’égard de la classe ouvrière—la restriction des loisirs et des sports de combat—n’ont, selon Cobbett, qu’un seul objectif politique : celui de dompter la population et d’éviter ainsi toute révolte populaire :

On the selfishness of the common people, particularly the labouring part of them, the Pitt system of finance and taxation has, directly at least, no hold: and therefore, it required the aid of the system of effeminacy, which includes the suppression of mirth as well as hardy exercises, and, indeed, of everything that tends to produce relaxations from labour and a communication of ideas and independence amongst the common people. (Political Register 1805 179)

Pugilat et sympathie : la physiologisation du discours politique sur la boxe

Cobbett n’est pas le seul à vilipender le caractère de plus en plus efféminé et léthargique du citadin anglais. Selon les médecins philosophes de l’époque, cette torpeur physique et mentale à l’origine de nombreux troubles nerveux—la « maladie anglaise » déjà dénoncée par George Cheyne dans les années 1730—s’explique par le déséquilibre d’une force vitale localisée dans les nerfs et les muscles, et nommée « excitabilité ». Un corps sain devait être à même de maintenir un équilibre entre cette force vitale et tous les stimulants, qu’ils soient externes (l’air, l’oxygène, le vin, l’opium) ou internes (le raisonnement, les émotions, l’activité musculaire). Selon Thomas Beddoes, le luxe, le confort et l’accumulation de biens matériels auxquels aspire la classe moyenne émergente entraînent une baisse de l’excitabilité, qui affecte le corps et l’esprit. Le principe de sympathie, par le biais du système nerveux, assure la liaison entre les organes du corps et ceux du cerveau ; ainsi tout ce qui agit de manière pernicieuse sur le corps se déplace par sympathie vers l’esprit. Pour Beddoes, l’hystérie, l’hypochondrie et tout autre trouble nerveux trouve son origine dans cette effémination du mode de vie : « Every circumstance of modern use conspires to sooth a man into the excess of effeminacy: warm carpets are spread under his feet; warm hangings surround him; doors and windows, nicely jointed, prevent the least rude encroachment of the external air » (Beddoes 2). Beddoes, comme nombre de médecins de l’époque, encourage le retour à une vie plus simple, rurale, loin des cercles polis, des lectures pernicieuses et des discussions stériles des clubs et des salons.

Le discours patriote de l’époque emprunte largement au domaine médical lorsqu’il s’agit de défendre les vertus de la boxe. Pour Cobbett, la communauté pugilistique, ancrée dans la pratique physique et régie par un code d’honneur, se place en contrepoint d’un système toujours plus abstrait et moins représentatif :

But, boxing matches give rise to assemblages of the people; they tend to make the people bold: they produce a communication of notions of hardihood; they serve to remind men of the importance of bodily strength […] in short, to keep alive, even amongst the lowest of the people, some idea of independence. (Political Register 1805 201)

L’idée développée ici par Cobbett, celle d’une « communication des principes de courage » au sein d’un collectif, fait écho aux écrits du médecin Robert Whytt qui stipule que, par le même principe de sympathie qui fait communiquer nerveusement corps et esprit, le corps social en tant qu’« assemblage » d’individus peut être revigoré ou au contraire alangui :

There is a remarkable sympathy, by means of the nerves, between the various parts of the body: and now it appears that there is a still more wonderful sympathy between the nervous systems of different persons, when various motions and morbid systems are often transferred without any corporeal contact. (Whytt 583)

La fonction socialisante du spectacle pugilistique se double ainsi d’une fonction édifiante puisque la participation au combat, qui n’est jamais exempte d’émotions, est à même de communiquer ces principes de bravoure, de générosité et d’indépendance qui sont des traits inhérents à l’anglicité. Pour Pierce Egan, qui fait un large usage de cet argument en 1830 dans Boxiana, le spectacle de boxe est une véritable forme de résistance à une société trop polie, trop raffinée : « we are equally afraid that […] the English character may get too refined, and the thorough-bred bull-dog degenerate into the whining puppy » (4).

William Windham, ministre de la guerre de 1806 à 1807, va même jusqu’à faire du spectacle de boxe une sorte de « pouvoir excitant » capable de maintenir l’équilibre corporel et moral de l’Anglais. Là encore, le discours politique emprunte à la doctrine de la sympathie physiologique pour suggérer le rôle fondamental que peut jouer le sport dans la « libération contrôlée des émotions », pour reprendre les termes de Norbert Elias et Eric Dunning (18) :

The sentiments that filled the minds of the three thousand spectators who attended the two pugilists, were just the same in kind as those which inspired the higher combatants on the occasions before enumerated […]. The courage does not arise from mere boxing, from the mere beating or being beat: – but from the sentiments excited by the contemplation and cultivation of such practices. (The Sportsman’s Magazine of Life in London and the Country 123)

William Windham transforme le ring de boxe en champ de bataille imaginaire. L’aspect spectaculaire du combat permet ainsi de recréer les émotions que ressentirait le citoyen anglais devenu soldat, en temps de guerre. Le pugilat devient en quelque sorte un prolongement imaginaire mais sécurisé du champ de bataille. Ce qui est apparent dans le discours conservateur sur la boxe à l’époque révolutionnaire, c’est une prise de conscience politique qu’une société pacifiée, où le risque d’agression extérieure est moindre, fait courir à ses citoyens le danger d’une certaine frustration si les émotions attisées par le conflit ne trouvent plus d’exutoire. Norbert Elias détaille ainsi cette fonction « cathartique » du sport :

Le sport, comme beaucoup d’autres activités de loisir, a pour but de faire naître des émotions, de les éveiller, de provoquer des tensions sous la forme d’une excitation contrôlée et modérée – et ce sans les risques et les tensions habituellement liés à l’excitation qui accompagnent d’autres situations de la vie – sous la forme d’une excitation « mimétique » appréciable, celle-ci pouvant avoir un effet libérateur, cathartique, même si la résonance émotionnelle au cadre imaginaire contient, comme c’est en général le cas, des éléments d’anxiété – ou de désespoir. (Elias et Dunning 62)

Le discours conservateur sur l’effémination de la nation et le bon usage de la boxe recourt fréquemment à cet argument : la boxe reproduit dans l’esprit du spectateur une disposition psychique semblable à celle d’un soldat affrontant l’ennemi sur un champ de bataille, disposition où se mêlent peur, anxiété, audace et sentiment patriotique. De manière mimétique, le pugilat suscite en lui les mêmes émotions, les mêmes valeurs que le soldat anglais mobilise au combat ; ainsi, pour éviter une baisse dangereuse de l’excitabilité et une perte de pugnacité, la boxe s’offre comme un substitut imaginaire afin que puisse être excitée et ainsi cultivée, dans un cadre contrôlé, cette capacité à donner et à prendre des coups. Conservateurs et physiologistes accordent leur langage pour promouvoir le sport de combat, dont ils perçoivent le fabuleux potentiel émotionnel et politique. Dans cette analyse des propriétés physiologiques et sociales du spectacle de combat, et de sa capacité à exciter le corps et l’esprit de l’amateur sportif pour éviter une répression trop puissante des affects, le discours politique de l’époque anticipe en quelque sorte les analyses menées sur le sport de combat, notamment celles de Norbert Elias et Eric Dunning. Ceux-ci voient dans la configuration dynamique de la compétition sportive une manière pour l’individu de « jouir de l’excitation de la lutte sans aucun remords ». Les deux sociologues d’affirmer que : « Le sport est, en fait, l’une des grandes inventions sociales que les hommes ont faites sans les avoir planifiées. Il permet aux individus de se libérer dans l’excitation d’une lutte qui nécessite effort physique et adresse, mais minimise les risques de blessure grave » (225).

Quant à lui, William Hazlitt, féroce commentateur de son époque, s’est également intéressé aux effets sociologiques, voire psychologiques, d’un spectacle de boxe, comme en témoigne une comparaison des publics français et anglais développée à la suite de son voyage à travers la France et l’Italie :

[T]en thousand people assembled at a prize-fight will witness an exhibition of pugilism with the same breathless attention and delight as the audience at the Theatre Français listen to the dialogue of Racine or Molière. Assuredly, we do not pay the same attention to Shakespeare: but at a boxing-match, every Englishman feels his power to give and take blows increased by sympathy. (Notes of a Journey 298-99)

Dans cet extrait, Hazlitt semble de prime abord user du même argument patriotique que Cobbett, louant les vertus d’un amusement public qui a le pouvoir de raviver la virilité de l’Anglais ; en outre, quelques années plus tôt, l’essayiste avait fait une brève incursion dans le monde de la boxe et du flash writing, publiant en février 1822 dans le New Monthly Magazine un essai consacré à un match devenu célèbre.

« Fancy » et « imagination » dans les écrits pugilistiques de Hazlitt 

Hazlitt, dans son essai, « The Fight », a immortalisé l’un des combats de boxe les plus féroces qui opposa quelques mois plus tôt Tom Hickman, surnommé the Gas Man, à Bill Neate, le boucher de Bristol. William Hazlitt n’était pas réellement un adepte de la boxe, ni même un membre de la fancy. Ce fut le premier match auquel il assista et le dernier qu’il commenta. L’essai qui le relate fit d’ailleurs l’objet d’une sévère critique de la part de John Wilson, l’éditeur de Blackwood’s Edinburgh Magazine, qui estimait que la boxe, comme tout autre sport ou spectacle pugilistique, devait être la chasse gardée des journaux des tories et ne devait pas tomber dans les mains des whigs ou, pire, de la Cockney School dont faisaient partie Keats et Hazlitt. Ainsi peut-on lire dans Blackwood’s Edinburgh Magazine quelques mois avant que Hazlitt ne publie son article : « It would give me inexpressible grief, were the Cockney crew to be all read by the Fancy. The pugilists of Britain are part and parcel of her fame, and must, of necessity, be loyal – they must be downright Tories, like myself » (Blackwood’s Edinburgh Magazine 676).

« The Fight » a déjà fait l’objet de nombreuses études et les critiques s’accordent en général à lire, dans la prose à la fois pugilistique et sentimentale de Hazlitt, une tentative de trouver un moyen terme entre la culture populaire (amorcée notamment par Pierce Egan et le journalisme sportif) et celle des Belles Lettres. La description du combat en lui-même n’occupe qu’une page sur les dix qui composent l’essai. Comme le souligne David Higgins, le chemin qui mène Hazlitt au ring de boxe de Hungerford, à l’ouest de Londres, est présenté comme un pèlerinage vers la Mecque de la masculinité britannique. Il est aussi émaillé de multiples références : à Dante, Shakespeare, Rousseau, mais aussi à Cobbett, Windham, la femme de Neate, les anciens boxeurs Cribb et Broughton et les membres de la fancy qu’il rencontre en chemin. Sa prose est aussi vive que celle de Pierce Egan et emprunte au langage flash,3 notamment dans la description des visages meurtris des adversaires : « His face was like a human skull, a death’s head, spouting blood. The eyes were filled with blood, the nose streamed with blood, the mouth gaped blood » (Selected Writings 93). Et sans trop d’ambiguïté, il semble rejoindre le camp des partisans de la boxe en louant le courage, le sang-froid et la modestie de Neate, le vainqueur : « Ye who despise the FANCY, do something to show as much pluck, or as much self-possession as this, before you assume a superiority which you have never given a single proof of by any one action in the whole course of your lives! » (Selected Writings 93).

Sous la plume de Hazlitt, les deux boxeurs accèdent au statut de héros, leur corps meurtri ne les empêchant pas de se relever avec toujours plus de courage ; quant aux références littéraires, elles leur conférent une certaine densité poétique :

There was little cautious sparring – no half-hits – no tapping and trifling, none of the petit-maîtreship of the art – they were almost all knock-down blows: – the fight was a good stand-up fight. The wonder was the half-minute time. If there had been a minute or more allowed between each round, it would have been intelligible how they should by degrees recover strength and resolution; but to see two men smashed to the ground, smeared with gore, stunned, senseless, the breath beaten out of their bodies; and then, before you recover from the shock, to see them rise up with new strength and courage, stand steady to inflict or receive mortal offence, and rush upon each other, “like two clouds over the Caspian” – this is the most astonishing thing of all: – this is the high and heroic state of man! (Selected Writings 92)

Dans ces quelques passages, Hazlitt semble bien adopter le point de vue d’un Windham et d’un Cobbett, qui perçoivent dans l’excitation et le plaisir que suscite le spectacle de boxe, une forme d’éducation au courage, une manière de « patriotiser » les esprits. Toutefois, et comme dans tout essai de William Hazlitt qui ne fige jamais son propos mais explore les possibles, sympathise avec une opinion, la rejette quelques lignes plus loin pour en embrasser une autre, le rapport de Hazlitt à son sujet est plus ambigu qu’il n’y paraît. Alors que Bill Neate reprend le dessus sur Tom Hickman, Hazlitt digresse ainsi :

Great, heavy, clumsy, long-armed Bill Neate kicked the beam in the scale of the Gas-man’s vanity. The amateurs were frightened at his big words, and thought that they would make up for the difference of six feet and five feet nine. Truly, the FANCY are not men of imagination. They judge of what has been, and cannot conceive of anything that is to be. The Gas-man had won hitherto; therefore, he must beat a man half as big again as himself […] Besides, there are as many feuds, factions, prejudices, pedantic notions in the FANCY as in the state or in the schools. (Selected Writings 89)

Hazlitt semble soudain faire volte-face, consterné par la crédulité des amateurs. Ils ne sont finalement pas hommes à imaginer autre chose que ce qui est martelé par le vaniteux Hickman. La sympathie suscitée par le spectacle serait, somme toute, trop pragmatique, dénuée d’imagination. Les membres de la fancy projettent une victoire certaine de Tom Hickman, non pas en s’appuyant sur un possible qui est à imaginer mais sur ce qui a déjà été—« The Gas-man had won hitherto; therefore he must beat a man half as big again as himself »—et en l’occurrence sont dupés par les « belles paroles » de Hickman. Un texte philosophique de Hazlitt, An Essay on the Principles of Human Action: Being an Argument in Favour of the Natural Disinterestedness of the Human Mind, est susceptible d’apporter un éclairage sur cette critique de la fancy, pour le moins surprenante dans un essai traitant d’un sujet populaire et destiné à réaffirmer son patriotisme (Higgins 126). Peu remarqué au moment de sa publication en 1805 par Joseph Johnson,Essays on the Principles of Human Action était pour Hazlitt une véritable « découverte métaphysique » (Natarajan et al. 1). Selon Tom Paulin, le principe philosophique—le « désintéressement naturel de l’esprit » (Natarajan et al. Foreword)—sous-tend une grande partie de l’œuvre de Hazlitt. Uttara Natarajan résume ainsi l’argument philosophique de Hazlitt :

To Hazlitt, believing that we are necessarily and naturally selfish inevitably makes us so; to believe better of ourselves is the first step to acting on that better view. “Natural disinterestedness” does not claim that it is more natural to be unselfish than selfish. It abbreviates, in a single phrase, the argument of the Essay, that self-directed (selfish) and other-directed (unselfish) actions are equally imaginative. (Natarajan et al. 2)

L’homme, selon Hazlitt, est doué de trois facultés : la sensation de douleur et de plaisir tournée vers le présent, la mémoire vers le passé et l’imagination vers l’avenir. Le propos de Hazlitt est de démontrer que seule l’imagination peut transporter l’individu hors de lui-même. La sensation et la mémoire sont pour Hazlitt purement mécaniques et donc égoïstes, limitées. La sensation de douleur que l’individu ressent s’il touche quelque chose de brûlant, par exemple, va le pousser à retirer sa main, le geste sera mécanique. Son esprit, à ce moment-là, n’exerce pas d’action volontaire, il ne se projette pas vers une idée de la douleur. Seule l’idée du plaisir ou de la peine, et non l’objet qui a provoqué la sensation ou la réminiscence, déclenchera dans l’esprit un intérêt et une volonté d’agir :

The objects in which the mind is interested may be either past or present, or future. These last alone can be the objects of rational or voluntary pursuit; for neither the past, nor present can be altered for the better, or worse by any efforts of the will. It is only from the interest excited in him by future objects that man becomes a moral agent. (Essays 1)

Cet « agent moral » en devenir est néanmoins à différencier du « soi » qui le pense ; en quelque sorte, il lui est étranger. L’individu perçoit ou projette dans le futur une idée de lui-même grâce à l’imagination et, en ce sens, et parce que cette idée est purement imaginaire, ce « soi » demeure impersonnel. La notion d’identité est bouleversée de manière radicale par Hazlitt. Le rapport entre l’être actuel et le soi futur n’est pas seulement fluctuant, Hazlitt rompt littéralement les liens entre moi présent et moi futur : si je ne peux pas me connaître dans le futur, j’agis donc de manière « désintéressée » et je peux tout autant agir pour un autre que pour moi-même (Natarajan et al. 9).

The imagination by means of which alone I can anticipate future objects, or be interested in them, must carry me out of myself into the feelings of others by one and the same process by which I am thrown forward as it were into my own future being, and interested in it. I could not love myself, if I were not capable of loving others. (Essays 2)

Dans sa conception idéale, l’imagination hazlittienne se tourne naturellement vers le bien car elle possède cette faculté de se détacher du monde matériel immédiat. Mais l’idée du bien n’est pas innée dans la pensée de Hazlitt, elle va se développer et se renforcer grâce à la somme des expériences acquises, qu’elles soient de l’ordre de la sensation, du sentiment, de l’émotion ou de la réminiscence, et la richesse de cette somme d’expériences déterminera la force de l’idée. Hazlitt cite Rousseau en ce sens :

Ce ne sera qu’après avoir cultivé son naturel en mille manières, après bien des réflexions sur ces propres sentiments, & sur ceux qu’il observera dans les autres, qu’il pourra parvenir à généraliser ces notions individuelles sous l’idée abstraite d’humanité & joindre à ses affections particulières celles qui peuvent l’identifier avec son espèce. (Essays 26)

La sympathie pour l’autre naît donc de ce mouvement de l’esprit qui va abstraire de l’ensemble des sensations et expériences passées et présentes une idée ou un principe du bien ; c’est ce principe qui va ensuite orienter le désir du bien et qui sera capable de se projeter par l’imagination dans un soi futur ou de sympathiser avec le sentiment de l’autre. Hazlitt rompt ici avec une conception utilitariste de l’action humaine et de la relation à l’autre ; c’est bien l’amour de soi, non pas restreint par les intérêts propres mais cultivé par une imagination « sociale », qui va permettre à l’individu de développer un sentiment de bienveillance pour autrui : « The future, whether as it relates to myself or others, exists only in the mind; and in the mind, not by memory, not by sensation, which are exclusive and selfish faculties, but by the imagination, which is not a limited, narrow faculty but common, discursive and social » (A Letter to William Gifford 78-79). C’est bien ce principe d’imagination sympathique et sociale qui fait défaut dans la description (citée ci-dessus) de la fancy : « Truly, the fancy are not men of imagination ». N’étant pas hommes d’imagination, les membres de la communauté pugilistique qu’observe Hazlitt sont incapables de concevoir une idée de la fin du combat qui donnerait Neate vainqueur. Englués dans le présent (« frightened at his big words ») et dans la mémoire du passé (« They judge of what has been »), ils sont la proie facile des paroles de Tom Hickman.

La conséquence politique n’est pas des moindres. La fancy s’offrirait donc comme le modèle d’une société étriquée d’esprit qui, ne vivant qu’au rythme des sensations visuelles, serait incapable de développer cette idée abstraite d’humanité et de liberté évoquée par Rousseau et reprise par Hazlitt :

The true impulse to voluntary action can only exist in the mind of a being capable of foreseeing the consequences of things, of being interested in them from the imaginary impression thus made upon his mind, and of making choice of the means necessary to produce, or prevent what he desires or dreads. (Essay on Human Action 166)

Un amusement populaire comme la boxe est certes une école de courage et « patriotise » l’esprit de l’Anglais, sans cultiver néanmoins l’amour de la liberté et de l’indépendance, qui sont les piliers du patriotisme réfléchi tel que le conçoit Hazlitt : « [the love of our country] is little more than another name for the love of liberty, of independence, of peace, and social happiness » (The Round Table238).

Si Hazlitt reprend dans « The Fight » certains clichés populaires de la boxe et de la fancy, la poignée de main qui met un terme à la fois au combat et au conflit, les notions de fair-play, d’humilité et de bravoure, il me semble que « The Fight » a une visée critique non négligeable. Pour Hazlitt, l’inconstance et l’excessive tangibilité de la fancy sont à l’image d’un patriotisme populiste et conservateur qu’incarne William Cobbett. Dans son essai « On the Character of Cobbett », la parole politique de Cobbett ressemble aux coups portés par Tom Cribb: « People have about as substantial an idea of Cobbett as they have of Cribb. His blows are as hard, and he himself is as impenetrable » (The Spirit of the Age219). Cobbett est un militant dans l’âme ; sa nature pugnace, comme celle du boxeur, réclame constamment un adversaire et cette impérieuse nécessité le maintient dans un antagonisme peu fécond : « a pugnacious disposition, that must have an antagonistic power to contend with, and only finds itself at ease in systematic opposition ». Cobbett souffre finalement du même mal que les membres de la fancy. Son incapacité à se projeter au-delà de ce qui est, de l’immédiat, du tangible, met en échec toute forme de sympathie pour l’autre : « he relies on his own acuteness […] without being acquainted with the […] philosophical structure of opinion » (The Spirit of the Age226). Le caractère de Cobbett est à l’image de ce peuple anglais qui fascine et rebute Hazlitt. Ce peuple est terre-à-terre, pugnace, persévérant, mais dénué d’imagination, leur idée de liberté ayant plutôt été forgée dans l’adversité : « There are two things that an Englishman understands; hard words and hard blows. Nothing short of this (generally speaking) excites his attention or interests him in the least. His neighbours have the benefit of the one in war time, his own countrymen of the other in time of peace » (Notes of a Journey297).

Conclusion

La « transformation de la foule en peuple » (Hugo 209) donne lieu à de vifs débats à l’époque révolutionnaire, époque qui attise les passions belliqueuses d’un peuple qui s’est défini au fil des siècles par le combat (Colley 9). C’est bien en temps d’accalmie que les discours politiques tentent de trouver un substitut à l’ennemi pour que ces passions ne se retournent ni contre le régime, ni contre l’individu lui-même. L’éloge des sports de combat par les whigs les plus conservateurs et les tories souligne bien une volonté de défendre une conception virile et guerrière de l’anglicité fortement influencée par l’éternelle menace du combat ennemi ; le discours physiologique de l’époque est en parfaite adéquation avec cette conception patriotique du caractère britannique. Équivoque nécessaire pour véhiculer une autre conception du patriotisme, l’essai « The Fight » n’est peut-être pas tant une manière pour Hazlitt de se positionner dans un monde qui n’était pas le sien ou de compenser une extrême sensibilité (rendue visible par la publication de Liber Amoris) que de montrer les limites d’une éducation à la liberté et à la citoyenneté par le sport de combat.

L’amusement public possède toutefois pour Hazlitt des vertus propices à l’édification civique, si tant est qu’il permette d’émanciper l’imagination de l’individu. Dans « On Londoners and country people » publié dans le New Monthly Magazineen août 1823, Hazlitt conclut ainsi son essai sur les bienfaits des lieux de sociabilité à Londres :  « A playhouse alone is a school of humanity, where all eyes are fixed on the same gay or solemn scene, where smiles or tears are spread from face to face, and where a thousand hearts beat in unison » (The Plain Speaker178). L’homme urbain, en tant que « créature publique », cultive un sentiment social (« a social feeling ») car il s’imagine partie d’un tout, entendu comme une communauté d’idées, de principes, de savoirs. Ce n’est pas l’attachement à un lieu physique ou à une communauté de personnes réelles qui va nourrir le patriotisme, au sens où Hazlitt l’entend, mais ce mouvement de l’imagination tel qu’il le décrit dans Essays on the Principles of Human Actionqui va abstraire l’individu des nécessités de son existence passée ou immédiate pour lui faire appréhender ce tout, ces cœurs « qui battent à l’unisson » et ainsi l’idée abstraite de nation : « Our country is a complex, abstract existence, recognised only by the understanding » (The Round Table236). Ainsi, Hazlitt peut-il rejoindre cette communauté imaginée et se sentir citoyen d’une même patrie : « We have a sort of abstract existence ; and a community of ideas and knowledge (rather than local proximity) is the bond of society and good-fellowship » (The Plain Speaker178).

Notes

  • 1Un des nombreux « debating societies » ou clubs de discussion qui se réunissaient régulièrement à l’époque.
  • 2

    Toutefois, comme le souligne E. P. Thompson, toute vertu ou principe se drapait du manteau de la liberté : loyalistes, jacobins et radicaux se battaient tous au nom de la liberté britannique.

  • 3C’est à dire le langage argotique créé par Egan pour rendre compte des matchs de boxe.

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About the author(s)

Biographie : Kimberley Page-Jones est maître de conférences en études britanniques à l’université de Bretagne occidentale et membre du laboratoire HCTI (Héritages et Constructions dans le Texte et l’Image). Elle a publié une monographie et plusieurs articles sur les carnets de Coleridge (Energie et mélancolie. Les entrelacs de l’écriture dans les Notebooks de S.T. Coleridge, UGA, 2018). Elle est membre du GIS Sociabilités et coordonne actuellement le projet H2020 DIGITENS sur la sociabilité en Grande-Bretagne et en Europe au cours du long dix-huitième siècle. Elle travaille actuellement sur les écritures et représentations de la sociabilité dans les récits des voyageurs—femmes et hommes—anglais (période révolutionnaire). Elle a co-édité quelques ouvrages sur le sujet de la sociabilité et est membre du comité éditorial de l’encyclopédie numérique DIGIT.EN.S.

Biography: Kimberley Page-Jones is senior lecturer in British studies at the university of Western Brittany and a member of the research group HCTI (Héritages et Constructions dans le Texte et l’Image). She has published a monograph and several articles and chapters on the notebooks of S.T. Coleridge (Energie et mélancolie. Les entrelacs de l’écriture dans les Notebooks de S.T. Coleridge, UGA, 2018). She is a member of the GIS Sociability and the principal investigator of the H2020 project DIGITENS on British and European sociability in the long eighteenth century. She is currently working on the representations of sociability in the travel writing published during the revolutionary period. She has co-edited a number of volumes on the topic of sociability and is part of the editorial board of the digital encyclopaedia DIGIT.EN.S.