La route en mode mineurLife and Times of Michael K de J.M. Coetzee face au paradigme du road novel
Abstract: John Michael Coetzee, Nobel Prize for Literature (2003), cannot be called a minor
writer—he is one of the most read and studied South African authors. But, when he
establishes an intertextuality with Franz Kafka in almost all his texts, he drifts
towards what Deleuze and Guattari called “minor literature” (1975). A White Afrikaner
descending from Boer settlers, Coetzee writes from a major position in South Africa,
in a major language — and strives to make room in his writing for minor voices. Sometimes,
it leads his texts to silence: in Foe (1986), Friday will not tell his story to Mr. Foe, as if his story could not be told
within the frame of major novel Robinson Crusoe (Defoe, 1719), which Coetzee both rewrites and does not rewrite.
Life and Times of Michael K stages this same struggle between a major narrative and a minor story. The novel retraces
Michael K’s road trip through South Africa, from Cape Town to Prince Albert, Karoo,
and back. This journey echoes with the Afrikaner mythology of the Great Trek, the
plaasroman (farm novel), pioneer narratives and tales of the Frontier; associated with an omnipresent
road chronotope, this intertextuality invites to read Michael K as a road novel. The road novel as a model is yet both enabling the travel narrative
and blocking it. Coloured, simple-minded, almost mute K has nothing of the pioneer;
he does not belong in the mythic Karoo ; nor does he belong in the mountains like
an adventurer ; nor even on the road, like American hobos symbolizing pure freedom.
It seems like Western, White, major narratives are both the only models to tell K’s
journey and inadequate, racialized models that do not fit K. K’s become a minor travel,
a malfunction within the framework of the road novel—a stutter.
Keywords: Road novel, Road narrative, Travel writing, Minor mode, J.M. Coetzee, Literatures of the South
Résumé : John Michael Coetzee, prix Nobel de littérature (2003), n’est pas franchement un
écrivain mineur—il est même sans doute une des voix sud-africaines les plus entendues
et lues dans le milieu universitaire. Pourtant, en plaçant son œuvre sous les auspices
de Franz Kafka notamment, il s’est rangé du côté de cette « littérature mineure »
telle que l’ont définie Deleuze et Guattari (1975). Blanc descendant des colons boers,
parlant l’anglais et l’afrikaans, issu de la classe dominante, Coetzee écrit depuis
une position majeure, depuis une langue majeure, et tente d’y faire une place au mineur
et aux minorités. Le mode mineur, chez lui, aboutit parfois au silence : c’est le
cas dans Foe (1986), réécriture de Robinson Crusoe (1719) de Daniel Defoe, dans laquelle Vendredi ne raconte pas son histoire, comme
s’il ne pouvait la dire dans les termes majeurs qui sont ceux du roman que veut écrire
Mr. Foe.
Life and Times of Michael K est traversé par cette même tension entre un mode majeur de récit et une histoire
mineure que ce récit doit dire. Le roman raconte le périple de Michael K (dans lequel
on reconnaît la figure tutélaire du Joseph K. du Procès de Kafka) à travers l’Afrique
du Sud, de la ville du Cap jusqu’à une ferme du Karoo, aller et retour. Le récit de
ce voyage établit une intertextualité remarquable avec la mythologie afrikaans du
Grand Trek (Wright, 1992 ; Teulié, 2008) dont Coetzee donne d’ailleurs un exemple
quand il publie la traduction du récit de son ancêtre, « The Narrative of Jacobus
Coetzee », au sein de son premier ouvrage, Dusklands (1974). L’intertextualité avec le récit des pionniers et le mythe de la Frontière,
ainsi que le chronotope omniprésent de la route (Brasebin, 2013), rapproche aussi
le récit du voyage de K des road novels américains. L’intertextualité est ici paradigmatique (Montalbetti, 1998) et rend possible
le récit de voyage — et pourtant, en même temps, le confronte en permanence à son
échec. Car K, homme de couleur, simple d’esprit, mutilé par un bec-de-lièvre qui le
rend presque muet, sans le sou, n’a rien d’un pionnier. Le mythe afrikaner de la ferme
dans le Karoo n’est pas le sien. Même le statut de hobo, voyageur errant incarnant la liberté suprême, lui semble interdit.
Tout se passe alors comme si l’intertextualité occidentale, blanche, majeure était
convoquée ici à la fois comme seul paradigme possible pour dire le voyage de la ville
vers les plaines, et en même temps comme paradigme territorialisé et racialisé qui
ne fonctionne pas pour K. Le voyage de K devient alors un voyage mineur : un dysfonctionnement
du récit de voyage en son sein même, un balbutiement.
Mots-clés : Road novel, Récit de la route, Écriture du voyage, Mode mineur, J.M. Coetzee, Littératures du Sud
Bien avant la Beat Generation et l’avènement du road novel, en tant que genre romanesque, la route occupe une place centrale dans la littérature européenne. En témoignent les romans de chevalerie, les récits picaresques ou le Bildungsroman (Brasebin 94–95). Ce corpus romanesque européen amène Mikhaïl Bakhtine à considérer le chronotope de la route comme l’un des plus importants en littérature (Bakhtine 269). Le roman européen de la route s’inscrit dans la double tradition du récit d’aventure et du récit d’errance. Le routard européen tel qu’il s’invente au XVIe-XVIIe siècle tient du chevalier et du picaro, du rêveur et du raté, du héros épique et du personnage comique.
Transposé dans l’espace nord-américain, la fiction de la route prend un autre sens, évoluant peu à peu vers un genre que l’on appellera le road narrative, qui regroupe le road novelet le road movie. Ce genre est profondément lié au continent nord-américain, à ses routes interminables qui traversent des étendues immenses ; à une époque, celle de l’industrialisation automobile ; et à une histoire, celle de la conquête de l’Ouest, de laquelle découlent la notion de Frontière de peuplement et l’idéologie américaine de la Frontière et des pionniers (Turner 35). En faisant de On the Road(1957) de Jack Kerouac et Easy Rider(1969) de Denis Hopper les archétypes du récit de la route (Talbot, Brasebin), l’histoire littéraire façonne le routard en homme blanc occidental. Ce routard américain transcende son héritage picaresque européen à travers la figure mythique du pionnier, même s’il arrive après la conquête de l’Ouest. Descendant du western, le road novel porte en lui la nostalgie de la Frontière et le constat de la finitude du continent américain et de ses rêves (Brasebin 292). Ce chant du cygne alimente une esthétique postmoderne du genre depuis plusieurs décennies, ne le faisant renaître de ses cendres que pour le remettre au bûcher : on pense au post-apocalyptique The Road(2006) de Cormac McCarthy, ou au tragi-comique Heroes of the Frontier(2016) de Dave Eggers.
La route se construit ainsi dans le monde occidental, en Europe puis aux États-Unis, comme un espace romanesque paradoxal : à la fois espace de liberté, ouvert à l’aventure et aux errances des marginaux, et espace directif et rectiligne. Très codifié en termes de contexte historique, culturel et géographique mais aussi d’intertextualité littéraire, le road novel, ode à la liberté de la beat generation, semble être devenu une forme narrative oppressante. C’est cette oppression du road novel, en tant que paradigme générique et intertextuel, qui fait l’objet du présent article. Je propose de l’examiner dans un roman sud-africain de 1983, Life and Times of Michael Kde John Michael Coetzee, en conjuguant des approches critiques spatiales, romanesques et postcoloniales, incluant l’idée des littératures mineures et la Southern theory.
Il me faut sans doute souligner que Michael K n’a jamais été présenté comme un road novel, ni par son auteur, ni par ses différents éditeurs, ni par les institutions qui lui ont décerné le Booker Prize ou le Prix Fémina Étranger. Pourtant, le récit est celui du voyage du protagoniste K sur les routes d’Afrique du Sud, du Cap jusqu’au Karoo et retour, à la recherche de ses origines. Les éléments constitutifs du road novelsont présents, a priori, même s’ils sont transposés en Afrique. Peut-on lire Life and Times of Michael Kcomme un road novel africain, mineur, et qu’est-ce que ce mode mineur fait au genre du road novel ?
La construction du récit de la route dans Life and Times of Michael K
Le chronotope de la route
Dans un road novel, « la route n’est plus seulement une thématique mais devient un élément structurant, dans la mesure où son tracé et les péripéties qu’elle génère modèlent le déroulement de l’intrigue » (Brasebin 88). Structurante au plan contextuel, la route l’est aussi sur le plan narratif en incarnant ce que Bakhtine appelle un chronotope, c’est-à-dire une « fusion des indices spatio-temporels » dans le récit (Bakhtine 237). Cette fusion a bien lieu chez Coetzee : tout en matérialisant le trajet spatial de K à travers le pays, la route figure aussi son « chemin de vie », chaque étape marquant une progression chronologique, depuis son départ du Cap où il se trouve « dans la trente et unième année de sa vie » (MK 4, ma traduction), jusqu’à son retour quelques mois plus tard où, au camp de Kenilworth, il est qualifié de « petit vieillard » (« little old man » [MK 129]).
La route est aussi une matrice de représentation du pays. « La route traverse le pays natal, écrit Bakhtine, et non un monde exotique et inconnu » (386). Pour le théoricien russe, le chronotope de la route n’est pas celui d’un ailleurs. Il se réalise tout entier dans le parcours de la route elle-même et dans le temps qui est mis à la parcourir ; non dans la destination, éventuellement exotique, à laquelle elle mène. Le récit de l’arrivée de K à Laingsburg, dans le Karoo, ne joue effectivement pas sur l’exotisme :
The sun was declining as he climbed the last hills outside Laingsburg; by the time he crossed the bridge and reached the wide central avenue the light was a murky violet. He passed filling stations, shops, roadhouses, all closed. A dog began barking and, having begun, went on. Other dogs joined in. There were no street lights. (MK 47)
La narration en focalisation interne semble faire référence à des endroits déjà connus, à un savoir géographique présupposé, qui donnent à la ville un aspect familier. On y retrouve les topoi du récit de la route, stations-services, roadhouses et chiens ; on imagine sans peine, avec le violet sombre (« murky violet ») et l’absence de lampadaires, l’atmosphère crépusculaire des road movies américains. La route, en tant que chronotope, permet de conjuguer l’immensité des espaces traversés à une forme de familiarité : le genre du road novelest intéressant dans un contexte post-colonial car il évite les écueils d’une représentation exotique de l’Afrique du Sud, et la construit au contraire comme un « pays natal ».
L’idéologie de la route
Cette idée du pays natal s’articule dans le road novel avec la mythologie et l’idéologie de la Frontière qui, aux États-Unis, sont à l’origine du genre. S’il y a un pays natal à traverser, c’est que ce pays a été construit, dans les mythes de la Frontière, comme disponible, à conquérir et habiter. C’est en ce sens que l’on peut dire du road novel qu’il est l’héritier du western, et le routard le descendant direct du pionnier :
La mythologie de l’Ouest américain doit être située pour être comprise, c’est-à-dire qu’il faut la regarder comme étant à la fois à la fois produite dans un contexte historique et politique donné, au terme de procédures matérielles particulières, et […] dans son contenu même, relative à une situation déterminée dans le temps et dans l’espace : la conquête puis la colonisation des terres vierges de l’Ouest de l’Amérique du Nord. (Agacinski)
La route en tant qu’armature du récit repose donc sur une idéologie coloniale qui semble a priori spécifiquement américaine. On retrouve pourtant des similitudes contextuelles dans l’histoire coloniale de l’Afrique du Sud, qui repose elle aussi sur des mythologies spatiales.
L’histoire de la colonisation des Boers en Afrique du Sud, lesquels deviendront les Afrikaners, correspond à cette notion de frontière de peuplement liée à la colonisation. La première frontière est celle de la côte, lors de l’arrivée des colons boers par la mer ; puis, lorsqu’ils sont chassés de la péninsule du Cap par les Britanniques, ils se dirigent vers l’intérieur du pays, idéalisé comme une sorte de terre promise où ils pourront fonder une nouvelle société, et la frontière ainsi recule. Cet exode vers l’arrière-pays repose donc, idéologiquement, à la fois sur une lecture de la Bible et de la notion de terre promise à un peuple élu (Teulié) et sur l’idée de Frontière comme espace-mouvement (Agacinski). Cette double idéologie, qui articule les récits du Grand Trek et des farm novelsafrikaners (Coquerel ; Coetzee, « Farm Novel and “Plaasroman” in South Africa»), est profondément coloniale : le voyage vers les « terres vierges » du Karoo et la fondation d’une nouvelle société sur ces terres ne sont possibles qu’au prix de l’effacement, dans les récits, des ethnies Bantu qui occupent ces espaces, comme ce fut le cas pour les Amérindiens.
Or, Life and Times of Michael K reprend cette spatialité de la frontière et de la terre promise. Comme les Boers, K part du Cap et de la côte, il part même spécifiquement de « Sea Point », via « Ocean Boulevard ». Comme eux, il remonte vers le nord, à la recherche d’une ferme dans le Karoo où sa mère aurait grandi ; comme eux, il cherche la terre de ses origines où il pourrait habiter de droit. La référence intertextuelle aux récits de fondation afrikaners est donc bien présente jusque dans la trame romanesque des mésaventures de K. Maintes fois capturé, il doit survivre dans la wilderness du veld et des montagnes, qui n’est pas sans rappeler les aventures de l’explorateur Jacobus Coetzee dans « The Narrative of Jacobus Coetzee » (in Dusklands 1974). Cette intertextualité propose une géopoïétique (Westphal 152-53) coloniale, c’est-à-dire qu’elle construit l’espace comme une trajectoire, celle de la route (Agacinski parle d’ « espace-mouvement »), qui jalonne des territoires conquis et des territoires à conquérir.
Life and Times of Michael K paraît donc rassembler tous les éléments, narratifs, thématiques et référentiels, d’un road novel. Le chronotope de la route articule l’espace-temps du roman et constitue le fil de la narration comme de la vie du personnage. Le roman se déploie dans une spatialité sud-africaine construite par les récits d’exploration et de fondation, qui font référence, comme le westernaux États-Unis, aux mythologies de la Frontière. En même temps qu’une matrice narrative, c’est donc aussi une mémoire littéraire (Samoyault) qu’apporte la route dans le roman et avec laquelle le récit doit composer. Mais cette mémoire fonctionne-t-elle pour dire l’histoire de K et celle de l’Afrique du Sud ?
Une intertextualité qui fait bégayer
Routard ou clochard ?
Le road novel et sa mémoire littéraire ont fabriqué le routard à partir de plusieurs figures tutélaires : le chevalier errant des romans médiévaux, dont la quête, liée au sacré, vise une (ré)intégration sociale ; ou le cowboy des westerns, justicier solitaire et éternel errant qui fabrique l’espace-mouvement de la Frontière au fur et à mesure qu’il la fait reculer (Agacinski). Le hobo, clochard sublime des road novels américain, est souvent engagé dans une quête initiatique qui doit lui permettre de se réconcilier avec son passé et son pays (Brasebin 110). Le départ sur la route reste ainsi souvent une forme de catharsis ou de réintégration sociale dans le lieu. Or, K n’est ni chevalier, ni justicier solitaire, ni clochard sublime épris de liberté fuyant les villes et la société capitaliste. C’est un jardinier affublé d’un bec-de-lièvre, bègue et un peu simple d’esprit, dont on comprend qu’il est noir sans que le récit le dise explicitement. Il est né à l’hôpital d’une mère peu aimante, sans père, sans origines à retrouver ni quête à accomplir : d’héritage, il n’a que le silence. « My father was Huis Norenius.1My father was the list of rules on the door of the dormitory, the twenty-one rules of which the first was “There will be silence in dormitories at all times” » (MK 104-105) Les tropes et schémas narratifs convoqués par l’intertextualité sont vidés de leur sens, rendus inopérants pour le personnage de K ; les grands récits qui précèdent et, dans une certaine mesure, autorisent le road novel ne sont pas les siens (Wright).
En effet, les références intertextuelles aux figures de voyageurs errants que sont chevaliers, cowboys et hobos font partie d’une mémoire littéraire occidentale et blanche, exogène dans un récit sud-africain. La critique a d’ailleurs remarqué que toute la bibliothèque de J. M. Coetzee est blanche : on a beaucoup étudié ses références à Kafka et à Beckett mais, même au sein de la littérature africaine, c’est avec la littérature afrikaner blanche que Coetzee entretient des rapports littéraires (López and Wiegandt) :
[D]o I acknowledge no South African paternity? The short answer is that in 1960 there was no South African writer, novelist or poet, to whom I as a young man could turn for a significant and vital lead in how to respond to, how to feel about, and therefore how to write about, my homeland. (Coetzee, « Homage » 5-7)
Peut-être est-ce ainsi qu’il faut lire l’absence d’ancêtres de K : comme une absence de paternité littéraire noire, de modèles et de figures noirs par rapport auxquels le personnage aurait pu être construit. Jacobus Coetzee, l’explorateur afrikaner de Dusklands, donne à Michael K une figure tutélaire paradoxale, à la fois modèle impossible et seul modèle disponible pour dire le voyage de K. (Attwell). On peut en effet remarquer que Coetzee évite soigneusement toute référence à la traite et à l’esclavage, comme pour ne pas proposer ce seul paradigme intertextuel quand il s’agit de dire le voyage d’un homme noir (Magdelaine-Andrianjafitrimo).
Le rapport du récit du voyage de K à l’architexte du road novelet, plus généralement, au récit de voyage blanc, a le mérite de dénoncer l’existence même d’un archétype racialisé de l’errance. Jean-Didier Urbain a mis à jour la dictature qu’exercent certains modèles du voyage, notamment certaines spatialités et temporalités (lointain, grands espaces, extrêmes) qui se donnent chez les grands écrivains-voyageurs tels que Kenneth White ou Michel Le Bris comme des indispensables du « vrai » voyage. Inspirée de la vision occidentale du nomadisme, l’errance dans les territoires lointains devient chez ces écrivains le modèle exclusif du voyage :
À travers cette représentation du voyage, à travers cette exaltation du vide, du vagabondage, d’une mobilité errante s’écrivant dans l’ailleurs (notions toutes étrangères à l’esprit du nomade), ce n’est ni le monde, ni la vérité du nomadisme, ni le voyage « réel » que retrouve le voyageur. C’est la vérité de son projet et la réalité de ses rêves : son rapport rêvé au monde à travers une image du nomade induisant un type de voyage—tout comme un jour, en apercevant un, cet enfant rêva d’être clochard plus tard (Kerouac, 1976). (Urbain 7-16)
Urbain dénonce les figures tutélaires du nomade et du hobo comme des appropriations, des références non métaphoriques à une réalité qui ne correspond pas à ce qui est projeté sur elle. Pour Urbain, « c’est le voyageur qui fait le voyage », et avant tout c’est l’idée du voyage, préexistant et présidant au déplacement, qui fait de ce déplacement un voyage. Le fait qu’il y ait voyage ou pas n’est pas déterminé par le type d’espace parcouru ni par le parcours en lui-même, mais par la posture du voyageur. Mais quel voyageur fait quel voyage ? Tout en reprenant tous les tropes du récit de la route, Life and Times of Michael K ne parvient pas à faire de K un routard à l’image du Sal Paradise d’On the Roadou du Alexander Supertramp d’Into the Wild (Krakauer 1996).
À cette question du statut du voyageur, il faut encore ajouter celle de la production du discours, et se demander quel narrateur fait quel voyage. Dans la deuxième partie du roman, la focalisation interne de K cède place à la narration homodiégétique du médecin du camp de Kenilworth où K est interné. Ce narrateur remet en question le récit de K et son autorité discursive : de jeune homme errant à la recherche d’un petit coin de terre où vivre en silence, K devient « Michaels », rebelle qui aide les guérilleros dans les montagnes. Pour le médecin, le périple de son patient tient davantage du voyage pathologique (Caro) que d’une errance sublime à la Kerouac. Il semble que le statut de cette errance (pathologique ou poétique) repose sur l’autorité discursive du médecin. Ce qui pose la question : pour que le voyage de K devienne un road novel, doit-il être raconté depuis une position majeure ?
Le roman donne donc à lire une déterritorialisation des paradigmes du récit de la route ; au sein du mode de récit majeur, le voyage de K inscrit un écart, un silence, un bégaiement du road novel.
La déterritorialisation du road novel dans Life and Times of Michael K
Ce bégaiement se remarque aussi au niveau de la structure spatiale du road novel. On a vu que, dans la tradition des récits d’errance, le héros part de chez lui en quête (plus ou moins conscientisée) d’une origine perdue qui, in fine, lui permettra de rentrer chez lui avec une nouvelle place dans son cercle social. Or les différents lieux qui structurent le parcours sur la route sont bien présents dans Life and Times of Michael K, mais ils sont vidés de leur sens.
Le voyage de K débute à l’endroit où il a rejoint sa mère, au Cap, dans la résidence Côte d’Azur, nom qui évoque, on l’a vu, la côte de la péninsule du Cap d’où les Voortrekkers commencèrent eux aussi leur voyage vers le nord du pays. Mais Anna K n’est pas vraiment résidente de l’immeuble ; elle travaille pour le couple retraité des Buhrmann, qui ont la bonté de la loger :
Her room under the stairs of the Côte d’Azur had been intended for air-conditioning equipment, which had never been installed. On the door was a sign: a skull and crossed bones painted in red, and underneath the legend DANGER—GEVAAR—INGOZI. There was no electric light and no ventilation; the air was always musty. (MK 6)
Anna K vit cachée dans un placard sans air au sein d’un immeuble occupée par la classe aisée. C’est presque un terrier où elle se cache avec son fils « comme des souris » (MK 12, ma traduction), présence silencieuse et invisible dans le monde des riches blancs du Cap. Cette invisibilité devient évidente lorsqu’ils s’installent dans l’appartement saccagé dont les Burhmann se sont enfuis lors des émeutes. K et sa mère deviennent alors des squatters, et ce terme résonne particulièrement dans l’Afrique du Sud de 1983 : c’est le nom donné aux Noirs qui, n’étant plus autorisés à posséder des terres hors des « réserves » depuis le Native Land Act de 1913, vivent et travaillent dans les fermes des Blancs (Youé). La résidence Côte d’Azur, sous son apparence agréable, est en fait un espace où K et sa mère n’ont aucun droit, où ils sont rendus invisibles ou plutôt spectralisés, c’est-à-dire que leur présence est illégitime, illicite, presque invisible, réduite à un état de hantise dans le lieu (Derrida, Spectres de Marx 200-215). K et sa mère ne sont plus des habitants de la ville ou de l’immeuble, mais des parasites, des indésirables, des fantômes : la résidence n’est pas faite pour eux et ne veut pas d’eux. Finalement, leur voyage ne commence pas depuis ce lieu, dont ils ne sont pas légalement les habitants, mais de la marge de ce lieu.
La ferme dans le Karoo vers laquelle K et sa mère se dirigent est supposée être une terre d’origine, où la mère de K aurait grandi, où elle aurait des souvenirs heureux :
Anna K had been born on a farm in the district of Prince Albert. Her father was not steady; there was a problem with drinking; and in her early years they had moved from one farm to another. Her mother had done laundry and worked in the various kitchens; Anna had helped her. Later they had moved to the town of Oudtshoorn […]. In Anna’s memories the years before Oudtshoorn remained the happiest of her life, a time of warmth and plenty. She remembered sitting in the dust of the chicken-run while the chickens clucked and scratched; she remembered looking for eggs under bushes. (MK 7-8)
Il n’y a en réalité jamais eu une ferme dans le Karoo, mais des fermes (« one farm to another » « various kitchens »).
“I forget the actual name of the farm,” she said, “but we can ask, people will know. There was a chicken-run against one wall of the wagonhouse, a long chicken-run, and a pump up the hill. We had a house on the hillside. There was prickly pear outside the back door. That is the place you must look for.” (MK 27)
Michael est chargé de retrouver un endroit que tout le monde connaît mais qui n’a pas de nom : avec son poulailler, son réservoir, sa maison sur la colline, son figuier de Barbarie, il est devenu un lieu exemplaire. Cet endroit que Michael doit chercher, c’est un lieu des origines qui relève du mythe. La destination du road trip, cette ferme dans le Karoo en forme de terre promise, comme dans la mythologie afrikaner, n’existe pas. La ferme des Visagie où K arrive finalement n’est qu’un squat de plus : il ne sait pas si c’est là qu’a vécu sa mère, le petit-fils Visagie tente de faire de lui un domestique, et K est finalement condamné à vivre la nuit, dans le veld autour de la ferme, caché comme un animal. Il part d’une marge et la route le mène dans une autre marge.
Tout se passe comme si K se trouvait dans un récit qui n’est pas le sien, sur un parcours et dans des lieux qui ne sont pas les siens, mais sans autre choix possible : « je n’ai qu’un pays et ce n’est pas le mien », pourrait-il dire pour paraphraser Derrida (Monolinguisme 13-14). En même temps, c’est toute la mythologie afrikaner du homeland et de la terre promise qui est déconstruite : la terre du Karoo est inhabitable parce qu’elle est hantée. K refuse d’habiter dans la maison des Visagie, et peu lui importe si « this house were to be abandoned as a home for the ghosts » (MK 98). Ces fantômes, ce sont les ancêtres Visagie, leurs ancêtres Boers avant eux, mais aussi ceux qui étaient là avant les Boers et qui ont été massacrés, les Khoïkhoï (aussi appelés Hottentots), les Xhosas, les Ndebele, les Zulus (Coquerel).
On peut alors parler, dans Life and Times of Michael K, de déterritorialisation (Deleuze and Guattari, L’Anti-Œdipe 162) du road novel : s’il y a arrachement du genre à son pays natal américain, il n’y a pas simple relocalisation en Afrique. Il y a remise en question du territoire, jamais nommé dans Michael K, et qui à bien des égards échoue à la fois comme pays et comme lieu du récit de la route : il y a remise en question de la possibilité même du territoire. Ce qui s’écrit au fil de la route, c’est un manque du lieu, qui déconstruit les attentes du road novel et de son héritage. Ni colonial, ni postcolonial, ni post-apocalyptique, le récit de la route dans Michael K est un récit du silence, silence qui est, en soi, chargé d’une autre mémoire littéraire.
Intertextualité kafkaïenne : une autre filiation romanesque
Les référence intertextuelles à Kafka dans l’œuvre de J. M. Coetzee ont été étudiées dans la critique sud-africaine comme internationale (Attwell, Engélibert). Life and Times of Michael K est l’un des romans où la référence à Kafka est la plus flagrante, avec, outre les motifs du terrier et du château, le nom du personnage qui renvoie à celui des protagonistes du Château et du Procès. Cette intertextualité kafkaïenne propose de lire le roman de Coetzee comme un road novelen mode mineur. C’est en effet à partir des écrits de Kafka que Deleuze et Guattari ont théorisé la littérature mineure comme une « littérature impossible » :
Une littérature mineure n’est pas celle d’une langue mineure, plutôt celle qu’une minorité fait dans une langue majeure. Mais le premier caractère est de toute façon que la langue y est affectée d’un fort coefficient de déterritorialisation. Kafka définit en ce sens l’impasse qui barre aux juifs de Prague l’accès à l’écriture, et fait de leur littérature quelque chose d’impossible : impossibilité de ne pas écrire, impossibilité d’écrire en allemand, impossibilité d’écrire autrement. (Deleuze and Guattari, Kafka 29)
Le mode mineur résulte de cette triple impossibilité (ne pas se dire, se dire dans telle langue ou tel mode de récit, se dire autrement). Dans cette perspective, le bégaiement de K dû à son bec-de-lièvre, et à cause duquel il peine à se faire comprendre des autres, n’a plus tant l’allure d’un handicap d’énonciation que de ce que Deleuze appelle un « agencement » :
[Un style, c’est] un agencement, un agencement d’énonciation.
Un style, c’est arriver à bégayer dans sa propre langue. C’est difficile parce qu’il faut qu’il y ait nécessité d’un tel bégaiement. Non pas être bègue dans sa parole, mais être bègue du langage lui-même. Être comme un étranger dans sa propre langue. Faire une ligne de fuite. Les exemples les plus frappants pour moi : Kafka, Beckett, Gherasim Luca, Godard.
[…] Nous devons être bilingues même en une seule langue, nous devons avoir une langue mineure à l’intérieur de notre langue, nous devons faire de notre propre langue un usage mineur. (Deleuze and Parnet 10-11)
Utilisant d’abord le bégaiement comme une description métaphorique du style, Deleuze le fait ensuite glisser vers l’idée d’une autre langue, du bégaiement comme « langue mineure », lequel devient alors une injonction : « nous devons faire de notre propre langue un usage mineur » (en bégayant dans cette langue). Si ce « nous » est celui de l’écrivain, si l’objectif est bien ce style que le philosophe tente de décrire, alors la langue mineure devient une nécessité de l’écriture pour dire le monde, pour se dire. Ainsi, le bégaiement de K est à la fois le symptôme de l’inadéquation entre son « je » d’énonciateur et le cadre du récit dans lequel il pourrait dire « je », et la seule énonciation possible de ce « je ». Ce bégaiement est une forme de monolinguisme derridien, de « je n’ai qu’une langue et/or ce n’est pas la mienne » (Monolinguisme 13-14).
Le bégaiement comme impossibilité et injonction—monolinguisme de l’autre et langue mineure tout à la fois—peut être aussi interprété au niveau du road novel, c’est-à-dire du récit et du voyage sur la route. L’histoire de K se dit en bégayant dans la langue des autres, son voyage se fait en bégayant sur les routes du pays, et le récit de ce voyage se fait en bégayant sur le mode du road novel. Parce que ces modes de voyage, de récit, d’écriture ne savent pas dire le devenir-mineur de K ; et parce que ce sont les seuls disponibles, et que son devenir-mineur se réalise donc en eux, malgré eux. La route incarne ce chronotope paradoxal pour le récit de K, seul espace, seul modèle disponible mais qui n’est pas le sien. Et le roman de se déployer au bord de la route, pour reprendre la belle métaphore de Derrida, lorsqu’il écrit que « c’est au bord du français, uniquement, ni en lui ni hors de lui, sur la ligne introuvable de sa côte que, depuis toujours, à demeure, je me demande si on peut aimer, jouir, prier, crever de douleur ou crever tout court dans une autre langue ou sans rien en dire à personne, sans parler même » (Monolinguisme 14).
On a donc, dans Life and Times of Michael K, une tension entre un mode majeur de récit et une histoire mineure que ce récit doit dire. Cette tension fait hoqueter le voyage sur la route, entre allers et retours, haltes et impasses ; elle fait balbutier le voyageur, qui peine à se dire comme tel, et menace, in fine, d’abolir le récit lui-même. Le silence de K fait écho à celui de Friday dans Foe (1986), mais aussi à celui de David Lurie dans Disgrace (1999), et à leur refus de raconter leur histoire, de se dire dans les termes de l’autre. J. M. Coetzee, écrivain blanc nobélisé, ne cesse de s’interroger sur l’émergence des voix mineures dans sa propre écriture et dans sa propre langue—on ne peut plus majeure—, l’anglais. En 2019, le dernier tome de sa trilogie initiée par Childhood of Jesus(2013) et Schooldays of Jesus (2016) paraît d’abord en espagnol, traduit par l’Argentine Elena Marengo, sous le titre La muerte de Jesùs. À cette question de la littérature mineure s’articule alors, chez Coetzee, celle des littératures du Sud.
Perspectives mineures du road novel
Le mode mineur et les « Littératures du Sud »
Le mode mineur est, chez Coetzee, lié à l’exigence de dire le Sud depuis le Sud. Il s’est consacré à l’enseignement des « Littératures du Sud » (intitulé de la série de séminaires qu’il a donnée à la National University of San Martin, à Buenos Aires), en s’efforçant de construire une southern theory, depuis le Sud, pour lire et produire les littératures du Sud. « For Coetzee, there is a ‘mythic South’ produced by the writers and thinkers of the North, and a ‘real South,’ a South of shared physical experiences and long, complex histories of colonization », écrit Derek Attridge (Attridge).
Le récit de Life and Times of Michael Kmontre que ce « Sud mythique » appartient à quelques-uns seulement et ne fonctionne pas comme espace du récit et du voyage de K. On a vu que K reste en marge de la terre promise des Afrikaners, le Karoo ; mais lorsqu’il s’enfonce dans les montagnes sauvages, il découvre un univers hostile dans lequel son histoire ne devient pas non plus un récit d’aventures : « But now he ceased to make an adventure of eating and drinking. He did not explore his new world. He did not turn his cave into a home or keep a record of the passage of the days » (MK 68). Anti-pionnier et anti-Robinson, K n’appartient à aucun endroit de ce pays—et pourtant, ce pays est bien le sien. En reprenant le road novel et, à travers lui, toute une mémoire littéraire de récits qui articulent l’espace, Life and Times of Michael Kmontre les points aveugles de ces récits. L’Afrique du Sud, telle qu’ils la fabriquent, est inhabitable pour K. Le roman pose ainsi la question du sens de la Frontière, en Afrique, pour les Africains ; de la possibilité même de ce « pays natal » que la route traverse ; et, plus largement, du sens de la route dans les littératures du Sud.
Car que signifie le parcours de K sur la route alors qu’il n’est ni pionnier ni explorateur, ni soldat ni rebelle, ni « clochard céleste » à la Kerouac, ni fils prodigue ? Son parcours n’est peut-être simplement que ce blanc, cet espace laissé vide dans le récit, dans le pays—« forgotten corners and angles and corridors between the fences, land that belonged to no one yet » (MK 47)—et, plus encore, dans le discours du voyage (Do Huu 25) propre au road novel. La reprise et déterritorialisation du genre dit au moins tout ce que ne peut pas être le road novel en Afrique du Sud.
Le récit de la route ne peut se faire dans Michael K sans une intertextualité à la fois structurante et étouffante, dont les conséquences sont doubles : on assiste à la fois à l’impossible relocalisation du road novel en Afrique du Sud et à l’avènement en mode mineur d’un autre récit de la route. En se disant un « auteur international, mais dans un sens différent », par sa prise de position dans « le Sud » (Samuelson), Coetzee ouvre la possibilité de lire Life and Times of Michael K comme un road novel du Sud.
Déterritorialisation du road novel : vers le Sud
Située à la rencontre de l’océan Atlantique et de l’océan Indien, point de passage des circumnavigations depuis Marco Polo, la péninsule du Cap et son Cap de Bonne Espérance s’inscrivent bien dans l’oceanic South, ce concept qui propose de penser l’hémisphère sud avec ses 80% d’eau, et suggère une southern epistemology qui permettrait de penser le Sud en termes de courants, de fluidité, de turbulences, de mobilités et d’échanges maritimes, mais aussi d’ « histoires troubles » (Samuelson and Lavery). Le Cap est le point de débarquement des premiers colons arrivés par la mer en Afrique du Sud, le témoin des routes maritimes reliant l’Atlantique à l’océan Indien, et que doublent à la voile les marins de Conrad. Ce littoral est présent, on l’a vu, dans la toponymie du Cap représenté dans Michael K : Côte d’Azur, Sea Point et Ocean Boulevard font de l’océan l’origine du voyage de K. Et pourtant, K tourne le dos à cet océan, et cette origine réelle est passée sous silence, remplacée par l’origine fictive qu’est le mythe de la ferme dans le Karoo.
Dans le contexte de l’oceanic South, le road novel invite à interroger l’absence de l’océan. Cette absence est d’abord une exclusion : contrairement au Jim de Conrad, K ne prend pas la mer pour chercher la liberté, comme si l’espace maritime était, lui aussi, racialisé. L’absence de l’océan et de sa mémoire littéraire dessine en creux l’absence d’histoire et de récits auxquels celui de K pourrait s’affilier : si, comme dirait Derek Walcott, « la mer est histoire », alors le road novel sud-africain, en tournant le dos à l’océan, suggère une histoire passée sous silence. La reterritorialisation du road noveldans Life and Times of Michael K ne se ferait alors pas tant en Afrique du Sud que dans le Sud. Cette Afrique du Sud, jamais nommée, en proie à la guerre civile, pays où K est enfermé sans pouvoir y habiter, est un lieu en creux, un lieu qui manque—mais peut-être, par ce vide qu’elle inscrit au cœur du roman, fait-elle signe vers un espace plus large qui doit être pensé dans les silences du récit—celui du Sud et de ses littératures.
Notes
- 1Nom de la pension où K a grandi.
Ouvrages cités
- Agacinski, Daniel. « Le héros de la Frontière, un mythe de la fondation en mouvement ». Miranda, no. 5, 2011.
- Attridge, Derek. « The South According to Coetzee ». Public Books, 25 Sept. 2019. www.publicbooks.org/the-south-according-to-coetzee/.
- Attwell, David. « ‘The Labyrinth of My History’: J. M. Coetzee’s Dusklands ».Novel: A Forum on Fiction, vol. 25, no. 1, 1991, pp. 7-32.
- Bakhtine, Mikhaïl. Esthétique et théorie du roman. Traduit par Daria Olivier, Gallimard, 1987.
- Brasebin, Jenny. Road Novel, Road Movie. Approche chronotopique du récit de la route. 2013. Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3 / Université de Montréal, thèse doctorale.
- Caro, Federico. « Déplacement pathologique : historique et diagnostics différentiels ». L’information psychiatrique, vol. 82, no. 5, 2006, pp. 405-14.
- Coetzee, J. M. Life and Times of Michael K. 1983. Vintage Books, 2004.
- Coetzee, J. M. « Farm Novel and ‘Plaasroman’ in South Africa ». English in Africa, vol. 13, no. 2, 1986, pp. 1-19.
- Coetzee, J. M. « Homage ». The Threepenny Review, no. 53, 1993, pp. 5-7.
- Coetzee, John Maxwell. Doubling the Point—Essays and Interviews, edited by David Attwell, Harvard UP, 1992.
- Coquerel, Paul. « Les Mythes afrikaners ». Politique Africaine, no. 25, 1987, pp. 7-13.
- Deleuze, Gilles, and Félix Guattari. Kafka : pour une littérature mineure. Éditions de Minuit, 1975.
- Deleuze, Gilles, and Félix Guattari. L’Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie, 1. Éditions de Minuit, 1972.
- Deleuze, Gilles, and Claire Parnet. Dialogues. 1997. Flammarion, 2008.
- Derrida, Jacques. Le Monolinguisme de l’autre : ou la prothèse d’origine. Éditions Galilée, 1996.
- Derrida, Jacques. Spectres de Marx : l’état de la dette, le travail du deuil et la nouvelle Internationale. Éditions Galilée, 1997.
- Do Huu, Cécile. L’Envers Du Voyage. Construction et Déconstruction d’un Discours Du Voyage Dans Quelques Textes Indianocéaniques de J. Conrad, J.M. Coetzee et J.M.G. Le Clézio. 2021. Université de la Réunion, thèse doctorale.
- Engélibert, Jean-Paul, editor. J.M. Coetzee et la littérature européenne. Ecrire contre la barbarie. PUR, 2016.
- López, María J., and Kai Wiegandt. « Introduction: J.M. Coetzee, Intertextuality and the Non-English Literary Traditions ». European Journal of English Studies, vol. 20, no. 2, 2016, pp. 113-26.
- Magdelaine-Andrianjafitrimo, Valerie. « Ethnicisation Ou Créolisation ? Le Paradigme de La Traite Dans Quelques Romans Francophones Mauriciens et Réunionnais Contemporains ». « L’ici et l’ailleurs »: Postcolonial Literatures of the Francophone Indian Ocean. E-France, edited by Julia Waters, vol. 2, 2008, pp. 163-80.
- Samoyault, Tiphaine. L’Intertextualité : mémoire de la littérature. Armand Colin, 2005.
- Samuelson, Meg. « An ‘International Author, but in a Different Sense’: J.M. Coetzee and ‘Literatures of the South’ ». Thesis Eleven, vol. 162, no. 1, 2021, pp. 137-54. doi.org/10.1177/0725513621991003.
- Samuelson, Meg, and Charne Lavery. « The Oceanic South ». English Language Notes, vol. 57, no. 1, 2019, pp. 37-50.
- Talbot, Jill Lynn. This Is Not An Exit: The Road Narrative in Contemporary American Literature and Film. Texas Tech University, 1999.
- Teulié, Gilles. « Le Mythe Afrikaner du ‘peuple élu de Dieu’ ou le long Trek des calvinistes sud-africains ». Études théologiques et religieuses, vol. 83, no. 2, 2008, pp. 229-48.
- Turner, Frederick Jackson. La Frontière dans l’histoire des États-Unis. Traduit par Annie Rambert, PUF, 1963.
- Urbain, Jean-Didier. « Les Catanautes Des Cryptocombes — Des Iconoclastes de l’ailleurs ». Nottingham French Studies, vol. 39, no. 1, 2000, pp. 7-16.
- Westphal, Bertrand. La Géocritique. Réel, Fiction, Espace. Éditions de Minuit, 2007.
- Wright, Derek. « Black Earth, White Myth: Coetzee’s Michael K ». Modern Fiction Studies, vol. 38, no. 2, 1992, pp. 435-444.
- Youé, Christopher. « Black Squatters on White Farms: Segregation and Agrarian Change in Kenya, South Africa, and Rhodesia, 1902-1963 ». The International History Review, vol. 24, no. 3, 2002, pp. 558-602.
About the author(s)
Biographie : Cécile Do Huu est docteur en littérature comparée. Après une thèse sur le discours du voyage dans l’océan Indien menée en codirection à l’Université de la Réunion et à l’Université Bordeaux Montaigne, elle a changé d’océan et enseigne actuellement le français et l’écriture créative à l’Université Catholique de l’Ouest de Papeete (Polynésie Française). Elle a publié plusieurs articles sur l’œuvre indianocéanique de J. M. G. Le Clézio, et poursuit ses recherches sur l’écriture du voyage dans le Sud et la zone indo-pacifique.
Biography: Cécile Do Huu has a PhD in Comparative Literature. She wrote her doctoral thesis (Université de la Réunion and Université Bordeaux Montaigne) about the travel narrative in the Indian Ocean. Afterwards she travelled to another ocean, and is now teaching French and Creative Writing at the Université Catholique de l’Ouest in Papeete (French Polynesia). She has published several articles on J. M. G. Le Clézio’s Indianoceanic works, and is currently researching further on Southern travel writing and the Indo-Pacific area.
